• Sur la mer danse la photo pareille au froid d'altiplano qui gèle les semailles ce printemps. - Tout ça c'est à cause de leurs saloperies, dit le paysan. Ils finiront par détraquer le Cosmos. (A défaut d'homme les Jivaro se contentent parfois d'une tête de paresseux.) - Mais le sang versé quand le soleil l'a fendue, dit la tortue et qui cessa de couler quand le vieil oiseau l'eut guérie ? - Pas vu, dit le paresseux. - Moi je l'ai bu, dit la tortue. Son sang, quand elle a accouché. (La fécondité rendue aux femmes par le rite, la tête réduite est vendue à un touriste après qu'on ait prié son âme muisak d'abandonner toute idée de vendetta.) - De quoi ? fit le paresseux. - La lune en est restée tachée, dit la tortue en détournant à petits coups sa tête vers le trou. Le feu craque dans la cheminée. Dans le ciel une étoile est un pied d'enfant qu'on chatouille.

  • À la fin des années 1970, Michel Foucault a avancé le concept de " crise de gouvernementalité " pour approcher des phénomènes où la contestation de certains pouvoirs – religieux, politiques, disciplinaires... –, d'abord localisée, s'est élargie pour mettre en question un dispositif général de gouvernement, un ensemble de relations de pouvoir. Chaque fois s'y exprime quelque chose comme : " nous ne voulons plus être gouvernés ainsi ".
    C'est l'une des ambitions de cet essai que de montrer la fécondité de ce concept pour éclairer des révoltes passées et présentes, pour compliquer et compléter les perspectives centrées sur la seule lutte des classes et celles qui se sont attachées à la construction de la démocratie, à la dynamique égalitaire et à l'institutionnalisation de ses formes. Il s'agit aussi de poser un diagnostic sur la crise actuelle de l'État néo-libéral, au sein duquel démocratie et libéralisme tendent à se dissocier et dont la vision de l'économie renvoie les dégâts sociaux et écologiques au rang d'externalités négatives.
    Il s'agit enfin et peut-être surtout de penser " un art de ne pas être trop gouverné " qui ne serve pas d'auxiliaire involontaire aux formes de dérégulation économique et de dévastation écologique, mais s'articule à un souci ici thématisé comme celui de " l'usufruit du monde ".
    Directeur de recherche au CNRS, Jean-Claude Monod enseigne à l'École normale supérieure de Paris. Il a notamment publié Penser l'ennemi, affronter l'exception. Réflexions critiques sur l'actualité de Carl Schmitt (La Découverte, 2006 ; Poche, 2016), Sécularisation et laïcité (PUF, 2007) et Qu'est-ce qu'un chef en démocratie (Le Seuil, 2012 ; Points, 2017).

  • Terme renvoyant à un âge immémorial, moins politique que religieux, moins religieux que superstitieux, le charisme reste pourtant un élément incontournable de l'histoire politique contemporaine, au point que son rôle dans l'accession de Hitler au pouvoir ou le succès du culte de la personnalité de Staline semble, aujourd'hui encore, bien plus flagrant que n'importe quelle explication d'ordre socio-économique ou culturel.

    Reliquat religieux au sein d'un monde sans foi ? Pathologie dans le cours " normal " de l'histoire de la démocratie en Occident ? Mais comment séparer le bon grain de l'ivraie, et est-on même certain que le charisme soit toujours l'ivraie, à l'heure où l'on accuse l'Union européenne d'être devenue une structure technocratique tentaculaire, confirmant les craintes de Max Weber à l'égard d'une " démocratie acéphale " totalement dépourvue de charisme ?

    Quitte à renouer avec le paradoxe d'un " éloge de la folie ", Jean-Claude Monod, fort d'une analyse historique rigoureuse des pensées charismatiques du XXe siècle, se risque à faire la part du feu, à imaginer une forme originale de " charisme progressiste ", nécessaire supplément d'âme à la machine démocratique.

  • Montée en puissance de la figure d'un nouvel " ennemi ", le terroriste, " combattant irrégulier " avec ou sans territoire, mise en place dans les démocraties de législations attentatoires aux libertés publiques, remise au goût du jour de la notion d'" état d'exception " : notre actualité la plus récente rendait nécessaire la réédition de ce livre, qui remonte aux sources intellectuelles de ces notions controversées, le juriste et philosophe allemand Carl Schmitt (1888-1985). Montée en puissance de la figure d'un nouvel " ennemi ", le terroriste, " combattant irrégulier " sans territoire, mise en place dans les démocraties de législations attentatoires aux libertés publiques, remise au goût du jour de la notion d'" état d'exception " : notre actualité semble convoquer de manière frappante les analyses du célèbre philosophe et juriste allemand Carl Schmitt (1888-1985). Mais quel sens peut-on donner aux usages politico-théoriques de la pensée d'un auteur dont on connaît bien aujourd'hui le ralliement actif au nazisme ? Dans quelle mesure, et à quel prix, Carl Schmitt nous aide-t-il vraiment à penser notre présent ? Jean-Claude Monod s'efforce ici d'apporter des réponses à ces questions. Il montre que des philosophes marqués à gauche ont ainsi puisé, eux aussi, chez le juriste le plus controversé du XXe siècle, les instruments d'une critique du nouvel impérialisme mondial. Mais Schmitt est-il vraiment le meilleur critique des confusions de la " guerre contre le terrorisme " ? N'est-il pas au contraire l'une des sources cachées des raisonnements juridiques qui servent aujourd'hui à légitimer la suspension des normes humanitaires et constitutionnelles les plus fondamentales ?Ce livre montre qu'on ne peut aujourd'hui ni ignorer ni lire naïvement ce penseur des limites de la raison libérale.

  • Les premiers champs d'intérêt de Michel Foucault - la folie, la naissance de l'asile, et de la clinique - peuvent paraître bien éloignés du droit. Pourtant, l'étude des institutions qui, de l'hôpital général à la prison, ont « traité » malades et miséreux, fous et débauchés, vagabonds et délinquants, conduit à réinterpréter ces gestes dont l'habitude nous a fait oublier l'étrangeté : enfermer pour enfermer pour guérir, discipliner pour intégrer, exclure pour inclure...

  • « L'origine des États se perd dans un mythe auquel on doit croire et qu'on ne doit pas discuter », écrivait Marx en 1848. En rapportant l'invention de la civilisation à la création des États il y a plus de 5000 ans avant J.-C., à Uruk, Du pillage au don aide à comprendre dans quel temps nous vivons.

  • Répondre à des mails, envoyer des textos, lire des tweets : quel temps consacrons-nous à ces activités qui ont envahi notre quotidien et notre vocabulaire ? Une frénésie des messages a gagné nos sociétés. Cette forme d'écriture prolifère, elle devient même compulsive. Les messages ne nous font plus gagner du temps, ils sont devenus un passe-temps essentiel. Sommes-nous tombés sous leur empire ? L'auteur tente de comprendre cette évolution. Il se souvient des messagers passés, de l'apôtre Paul au facteur des chemins de campagne. Il évoque ces « billets » et « pneumatiques » qui ont préparé les SMS. Il analyse les effets de ce tout-message dans nos activités intellectuelles et sociales, nos relations, l'organisation de nos pouvoirs et de nos savoirs. Il se demande enfin ce que veut dire, dans ce nouvel espace, s'adresser à autrui.

  • Vous voulez réussir le concours externe, le concours interne ou le troisième concours d'agent spécialisé des écoles maternelles dans la fonction publique territoriale ou parisienne ?
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