• Villa Belga

    Evelyne Heuffel

    • M.e.o.
    • 1 Septembre 2013

    Chronique d´une immigration à l´aube du XXe siècle, où une connaissance tout à fait a-touristique du Brésil, les idéaux socialistes, la volonté d´émancipation féminine, l´implantation de colonies juives en Amérique latine se mêlent au déchirement d´une femme entre deux amours et à un récit d´aventures. 1904. On émigre pour les "pays neufs". On court vers la fortune, comme ces ingénieurs des chemins de fer belges. On fuit la justice, les lois anticléricales. Ou la terreur, comme ces Juifs de Russie. Un contrat en poche, on embarque sur un steamer, on s´installe dans une cabine de première classe. Sans rien dans les mains, on s´agglomère sur l´entrepont, on sera colon, emportant ce qu´on a de plus cher : une scrupuleuse droiture, un acharnement à réussir dans l´adversité, une fierté de la besogne accomplie, un sens de la fraternité. Le Brésil, jeune république, peuple ses territoires incultes. La Belgique exporte sa révolution industrielle. La petite ville de Santa Maria da Boca do Monte, au coeur de l´état du Rio Grande do Sul, où viennent de s´implanter les grands ateliers d´une compagnie ferroviaire belge, et, non loin, une colonie agricole juive, est un point de convergence de cette révolution, de cette immigration. C´est là que s´érige la "Villa Belga", cité calquée sur les corons, qui donne lieu, ici, à une évocation imaginaire de ce passé perdu de vue. S´y heurtent espoirs, utopies, et sombres desseins de passagers qui ont vu leurs sorts se lier à bord du Paranaguá. Un nouveau roman d'Evelyne Heuffel, qui avait déjà publié aux éditions Métailié et (sous pseudonyme) chez Gallimard/Série noire.

  • 1993, Une lettre de Nacha m´invite à la rejoindre à Real de Catorce

  • Était-ce la main du démon qui avait disséminé tant de disgrâce comme pour entacher un tel excès de beauté ? Rio de Janeiro, 1967. S'y côtoient de jeunes enragés de la Nouvelle Vague. Ce cinéma aurait-il influencé les idées révolutionnaires de certains en pleine montée d'une dictature qui, insidieusement, se révélera criminelle ? Morro Dona Marta. On laisse dépérir un nouveau-né dans la favela. Son oncle, un vaurien, hausse les épaules. Petrópolis. Non loin de la maison où s'est, jadis, suicidé Stefan Zweig, la haute société se prélasse à la montagne, le temps d'un été. L'épouse d'un homme d'affaires de triste renommée disparaît au cours d'un violent orage. Voilà le bébé vengé... Et des absences se prolongent... Un récit mêlant plusieurs destinées dans une ambiance mystérieuse et cinématographique EXTRAIT EN CES TEMPS-LÀ - des temps troubles à vrai dire - on projetait Pierrot le Fou au cinéma Paysandú, situé dans la rua Senador Vergueiro. Dès le début, des mitraillettes et des fusils se détachaient sur un mur blanc, nu. Détail qui a dû me marquer. Je n'ai jamais revu le film, jamais trouvé le courage de le revoir. À cause sans doute de cette phrase prononcée au volant par Belmondo, et qui m'est si souvent revenue : « C'est drôle d'être en vie avec tous ces morts qu'on voit défiler... » Seule une scène est restée vivace, celle dans laquelle Anna Karina marchait à grandes enjambées sur le rivage. « Qu'est-ce que je peux faire ? J'sais pas quoi faire... » scandait-elle en un incessant va-et-vient, sous le regard vague de Belmondo. Un regard vague et perdu ? Un regard vague et indifférent ? Ennuyé ? Était-il assis sur les galets, le bas du pantalon retroussé, ou debout, un coude appuyé sur le capot d'une voiture ? Une décapotable ? Une grosse américaine ? Ou, plus plausible, une Peugeot 404 ? Une voiture volée en tout cas. Il penchait la tête pour allumer une cigarette qu'il gardait à la commissure des lèvres, comme sur certaines affiches de À Bout de Souffle. Anna Karina l'agaçait à force de seriner sa ritournelle. A PROPOS DE L'AUTEUR Née en 1947 à Bruxelles, Evelyne Heuffel est une écrivaine, traductrice et illustratrice belge. Elle découvre le Brésil à l'âge de 18 ans. En 1981, elle part pour Recife et s'établit ensuite à Rio de Janeiro. Illustratrice, traductrice et romancière, elle publie ses premiers textes dès les années 1970. Dans ses récits, elle « met en scène des personnages dans un jeu de miroirs qui brouille les genres et fait exploser les frontières textuelles conventionnelles. » (L. de Abreu) Chez Ker, elle est l'auteur de Pueblo et de Palmes dans l'azur.

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