Fayard/Mille et une nuits

  • Tour à tour poème, confession, essai, conte, préface, roman à suspense, "Les Paradis artificiels" concentrent tout le génie de celui qui ne "supportera la condition humaine qu'en se plaçant entre elle et lui l'écran ou le filtre de l'opium". Baudelaire naît en 1821, l'année où paraissent les "Confessions d'un mangeur d'opium" de Thomas de Quincey. Quarante ans plus tard, leurs oeuvres sont à jamais mêlées.

  • Baudelaire écrit en 1851 cette étude savante et voluptueuse sur l'alcool et le haschisch.
    Il révèle la puissance créatrice et la force destructrice, les illusions et les charmes sinistres de ces deux substances addictives, comparées comme moyens de multiplication de l'individualité.

  • Les enjeux du goût sont toujours furieusement politiques et métaphysiques. Charles Baudelaire (1821-1867), l´amateur et critique d´art qui arpente les Salons, en a une conscience extrême. Contre l´académisme pompier, il lance son mort d´ordre : retour au présent, mais un présent revêtu de la Beauté éternelle. Dans son essai publié en feuilleton en 1863 qui passe pour l´acte de naissance de la modernité, il fait l´éloge de l´artifice, du maquillage et des parures, de la femme élégante, de la ville, du frivole et de l´horreur. Il développe une théorie du dandy. « La modernité, c´est le transitoire, le contingent, la moitié de l´art, dont l´autre moitié est l´éternel et l´immuable. »

  • Paris, le 13 mars 1861. En présence du couple impérial et d´un public prestigieux, composé de tout ce que la Capitale compte de gens influents de la politique et des arts, le compositeur allemand Richard Wagner, est ému d´assister à la création de son oeuvre : Tannhäuser. Mais en guise de consécration, la soirée est un désastre. Les chanteurs et l´orchestre sont hués, Wagner lui-même est pris à parti et insulté. Dès le lendemain, la presse musicale s´acharne de plus belle sur le compositeur et Tannhäuser est bientôt retiré de l´affiche. Tout aurait pu en rester là.
    Mais quelques jours plus tard, sous la plume de Charles Baudelaire, paraît une défense aussi brillante qu´inattendue. Est-ce parce qu´il est lui-même poète que Baudelaire est touché par Wagner et se met ainsi en tête de lui rendre justice ? Est-ce sa « méconnaissance » technique de la musique qui, par une sorte de malentendu, la lui aurait rendue intelligible ? Ou simplement que chacun aime spontanément ce qui lui ressemble, et porte sans le savoir dans son propre coeur les qualités qu´il reconnaît aux autres. Dans Richard Wagner et Tannhäuser à Paris, Baudelaire livre ainsi l´exploration la plus éloquente de lui-même, en même temps qu´il ouvre définitivement la voie à la musique de Wagner en France...

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