Editions Verdier

  • Il y a d'un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un "gros déglingo", dit sa fille, un vrai punk avant l'heure. Il y a de l'autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixelisé de feu son épouse. Mon père, dit sa fille, qu'elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy, et un monde anciennement rural et ouvrier. De cette maison il faut bien faire quelque chose, à la mort de ce père Janus. Capharnaüm invraisemblable, caverne d'Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille, la narratrice, qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Et puis, un jour, comme venue du passé et parlant d'outre-tombe, une lettre arrive qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.

  • En 2012, Thésée quitte "la ville de l'Ouest" et part vers une vie nouvelle pour fuir le souvenir des siens. Il emporte trois cartons d'archives, laisse tout en vrac et s'embarque dans le dernier train de nuit vers l'Est avec ses enfants. Il va, croit-il, vers la lumière, vers une réinvention. Mais très vite, le passé le rattrape. Thésée s'obstine. Il refuse, en moderne, l'enquête à laquelle son corps le contraint, jusqu'à finalement rouvrir "les fenêtres du temps"...

  • La fille du bois

    Anne Maurel

    Rien ne destinait mon grand-père à se survivre. Blessé dans les tranchées en 1918, il est mort cinquante-cinq ans plus tard sans rien laisser derrière lui si ce n'est une présence énigmatique au travers d'appels intermittents et ténus que je tente ici de saisir dans leur innocente nudité, leur supposée insignifiance.

  • Permafrost

    Eva Baltasar

    Pour pouvoir vivre, la narratrice de Permafrost n'a eu d'autre choix que de se protéger des femmes auprès desquelles elle a grandi, de leurs obsessions navrantes, du cortège de mensonges et de sourires destinés à sauver l'idée de l'épouse comblée et de la mère épanouie. Mais, derrière l'épaisse cuirasse qu'elle a dû se fabriquer, ne se retrouve-t-elle pas prise comme dans une terre gelée, enfermée avec ses pensées suicidaires?? Heureusement il y a les chambres, celles où elle se réfugie dans la lecture passionnée d'autres vies, et celles où elle découvre le corps et les caresses d'amantes fabuleuses. S'isoler, s'adonner au plaisir, ne suffit cependant pas?: pour se libérer, il faut ce récit, écrit comme l'on se parle à soi-même, sans détour. Un corps avec ses sensations, une voix avec ses réminiscences, ses craintes et ses limites, pour enfin se sentir «?vivante, vivante comme jamais?».

  • Jérôme Alleyrat avait seize ans quand son père prit l'habitude de coucher avec lui, et lui avec son père. La mère a décidé de s'enfuir. Quand il arrive à Paris, un matin de septembre?1991, il a vingt ans. À cette date, l'épidémie de sida bat son plein. Peu concerné par cet événement, tout entier concentré sur la quête d'un plaisir qui frôle l'anéantissement de soi, Jérôme est arrêté au beau milieu de son accomplissement par l'irruption sous son toit de la maladie, en l'espèce?: son voisin de palier qu'il recueillera, soignera, accompagnera jusqu'à la fin. De cet épisode fondateur découlera l'orientation de sa vie tout entière. Sa trajectoire remet au centre de notre attention ce qui désormais a disparu derrière le rideau de fumée de la réification triomphante?: le goût du sexe, l'élan vers l'autre, la tentation du bien...

  • D'énigmatiques annotations au dos de photos défraîchies d'aïeuls oubliés, des souvenirs disparates et diffus, la saga d'un théâtre ambulant, un petit hameau perdu au coeur d'une campagne ingrate et inhospitalière, deux vieilles femmes, des filles et des garçons, un bureau, un grenier, un side-car, des tractions avant et des Fiat 500, une tribu de Ritals, un enterrement, de l'alcool et des drogues, toute l'immensité des détresses enfantines, des moments de grâce, des étreintes sauvages, ardentes, exaltées,
    et cependant d'une douceur presque insoutenable, des destins d'hommes comme tous les hommes, un maelström de voix et de paroles.
    À la fois, exploration de la mémoire, histoire d'amour et enquête familiale, ce récit composé d'une succession haletante de scènes fondatrices nous livre le tableau d'une sensibilité qui s'éveille et s'ouvre au monde.
    Un hommage rendu aux morts et aux mots qui sauvent, à la mémoire, au papier tue-mouche, au tabac Caporal, au Langage secret des animaux.

  • Un soir d'été, un homme, dans une salle de cinéma, est bouleversé par l'image d'un enfant abandonné sur une plage. Quelque temps plus tard, une autre image, d'un autre enfant, sur une autre plage, vient en écho raviver en lui cette émotion violente et incompréhensible. Ces deux images, s'embrasant au contact l'une de l'autre, vont révéler les fêlures intimes de cet homme qui jusqu'alors se croyait à l'abri des soubresauts du monde et des remuements du coeur. De réminiscences en visions, sa vie vacille en silence, débordée par une lame de fond qui renverse et transfigure tout sur son passage?: les certitudes, les beaux jours insouciants, l'enfance perdue, ses mystères et ses châteaux de sable, et le regard fragile, d'amour et d'effroi mêlé, que portent sur leurs fils les hommes qui sont un jour devenus des pères.

  • D'oncle Nouv.

    D'oncle

    Rebecca Gisler

    D'oncle raconte l'histoire d'un oncle. D'un homme-limite jamais grandi, coincé depuis cinquante ans quelque part en enfance et au bord de la mer, au bout du monde. À la faveur de circonstances exceptionnelles, la narratrice est amenée à observer de près cet homme à l'hygiène douteuse, aux manies bizarres, à la santé défaillante, aux proportions anormales, définitivement trop petit, trop gros et trop boiteux pour ce monde. En filigrane, c'est le portrait d'une famille et d'une époque qui se dessine. Biscornues comme toutes les familles et toutes les époques. Ou disons un peu plus. 

  • Mahmoud ou la montée des eaux Nouv.

    Syrie. Un vieil homme rame à bord d'une barque, seul au milieu d'une immense étendue d'eau. En dessous de lui, sa maison d'enfance, engloutie par le lac el-Assad, né de la construction du barrage de Tabqa, en 1973. Fermant les yeux sur la guerre qui gronde, muni d'un masque et d'un tuba, il plonge - et c'est sa vie entière qu'il revoit, ses enfants au temps où ils n'étaient pas encore partis se battre, Sarah, sa femme folle amoureuse de poésie, la prison, son premier amour, sa soif de liberté.

empty