Romans & Nouvelles

  • Tout commence en 1887 au fond de l'arrière-pays canadien : à la disparition de son père, le jeune Joe O'Brien, brusquement chef de famille, met tout en oeuvre pour assurer la subsistance des siens. Dur à la tâche, brillant, il comprend vite que rester enterré dans le Pontiac ne lui suffira jamais. Après la mort de leur mère, il organise avec l'aide d'un vieux jésuite le départ de la fratrie pour une nouvelle vie – les filles au couvent, un frère au séminaire, l'autre en Californie et Joe à l'assaut du continent ! Sa rencontre avec l'indépendante Iseult Wilkins donne subitement un sens à sa quête de réussite : de Venice Beach à Montréal en passant par la Colombie-Britannique, Joe ne cessera dès lors d'oeuvrer à l'établissement de son clan. Parcourant deux guerres mondiales, les années folles, la crise de 1929, le second après-guerre, Les O'Brien est tout à la fois la biographie d'un homme exceptionnel, d'un mariage, d'une famille, et l'histoire extrêmement bien documentée d'un siècle, de l'évolution des mentalités à travers les générations qui s'entrechoquent... Avec un talent de conteur exceptionnel, Peter Behrens déploie une épopée moderne dans la tradition du grand roman américain.

  • Été 1979, Californie du Nord. Rachel, treize ans, et sa soeur Patty, onze ans, se préparent à passer leurs vacances à vagabonder dans la montagne comme d'habitude. Échappant à la surveillance d'une mère aimante mais neuras¬thénique depuis son divorce, et d'un père amoureux de toutes les femmes, le flamboyant inspecteur de police Torricelli, elles se cachent dans les arrière-cours pour regarder la télé par la fenêtre des voisins, inventent blagues et jeux à n'en plus finir, rêvant de l'inattendu qui pimenterait leur existence. Et l'inattendu arrive. Cauchemardesque, une succession de meurtres de jeunes femmes, tuées dans la montagne selon un même mode opératoire : la chasse à l'Étrangleur du crépuscule commence, menée par l'inspecteur Torricelli. Trente ans plus tard, Rachel, devenue une célèbre romancière, raconte cette quête épuisante. Après quinze meurtres, le tueur de la montagne a disparu. Un jour, pourtant, les deux soeurs s'étaient trouvées face à lui. Fantasme de gamines hystériques, avaient déclaré les autorités. Depuis lors, Rachel s'est donné pour mission de retrouver cet homme. Et le dénouement, le lecteur le vivra en direct, de surprises en retournements. Joyce Maynard a écrit une belle et lyrique histoire d'amours rythmée par les tubes des années soixante-dix : celui qui règne entre le père et ses filles, celui qui unit à jamais les deux soeurs.

  • Avec ce recueil de nouvelles (chacune un vrai roman en soi) et qui pourrait s'intituler Terreurs tranquilles, Joyce Carol Oates prouve encore, s'il en était besoin, son incontestable maîtrise du genre. En proie dès le début à un malaise grandissant, impossible à analyser, l'innocent lecteur devient la victime consentante d'une panique subtile qui finit par le laisser, au bout de ces récits, pantelant d'angoisse, incapable de distinguer un bonheur entrevu d'un malheur définitivement en marche. Froide et sans pitié, souvent sournoise, la violence approche, inexorable. Tout ce qui peut traverser la vie en manière de sentiments est là, semble-t-il, pour la nourrir : le désespoir – et le secret délice – d'aimer plus que l'on ne l'est en retour, (" Coeur sutra ") les passions génératrices de frustrations mortelles (" Vigilante "), (" Vice de procédure "), les obsessions érotiques fatales (" Magda Maria "), les liens familiaux cruellement distendus (" Vigilante" ) ou pervertis (" L'aveugle "). Dans tous les cas – (et plus particulièrement dans " Cher époux ") –, les couteaux, longs, minces et tranchants sont tirés. Prêts à servir.

  • Avant d'être condamnée à mort par les fondamentalistes de son pays et d'incarner le combat des femmes du sous-continent indien, Taslima Nasreen a été une petite fille précoce, une adolescente passionnée de littérature et de musique, une jeune femme follement amoureuse.Aujourd'hui au seuil de la quarantaine, elle évoque, à travers ces scènes – souvent délirantes pour un esprit occidental – de la vie bangladaise, les événements qui ont marqué sa jeunesse. Dont une éducation menée d'une main de fer par un père qui entend imposer, littéralement à la matraque, des idées prétendument " modernes ", sous l'oeil résigné d'une mère confite en dévotion, faute de meilleur refuge. Taslima se révolte : son mariage secret avec le jeune poète Rudro Mohammed Shahidullah, négation suprême de toutes les conventions locales, est une histoire peu banale – où romantisme et passion côtoient souvent l'indicible – qui marque aussi la naissance d'une femme indépendante prête à se battre pour de grandes causes.On retrouvera avec bonheur dans ce livre, interdit pour " blasphème " au Bangladesh, le langage à la fois vif et efficace d'un remarquable écrivain.

  • Les savants

    Manu Joseph

    Aujourd"hui en Inde, on ne dit plus " intouchable " mais dalit. Un mot, toutefois, suffit-il à changer la donne ? Ce n'est pas l'avis d'Ayyan. D'un côté, du sien, une pièce minuscule partagée avec sa jeune épouse et son fils dans une exécrable cité de la banlieue de Bombay, tandis qu'il exerce un emploi de secrétaire dans un institut de recherche de haut vol. De l'autre extrémité du spectre social, à l'Institut, les savants, les " brahmanes " et, avec eux, tous les nantis et leurs femmes inaccessibles, le regardent de haut. Alors, à l'époque où le petit peuple indien, conscient de sa supériorité numérique, acquiert un pouvoir politique de plus en plus important, Ayyan a une idée... Son fils Adi est brillant. Pourquoi ne pas donner discrètement un coup de pouce au destin, ne pas compenser les injustices de la naissance et du système des castes ? Fort de ce qu'il apprend à l'Institut en écoutant aux portes, Ayyan entretient le mythe d'un petit génie dalit... Qui, dans ces chassés-croisés, ces jeux de pouvoir, ces mensonges plus ou moins assumés, remportera la partie ? À coup sûr le lecteur, emporté par la prose simple et efficace, à l'humour acerbe, d'un romancier indien qui appelle un chat un chat et se moque des faux-semblants de ses compatriotes.

  • " Dans la nuit d'hiver, les taxis dont les panneaux indiquent "Libre' s'élancent en formant des traînées de lumière. Comme une nuée de papillons de ville, chacun transporte une vie, une histoire, une chanson. " Genre majeur en Corée, la nouvelle est certainement le meilleur chemin pour découvrir une littérature et un pays méconnus. Publiés au cours de la dernière décennie, les textes réunis dans cette anthologie mettent en perspective les aspects les plus intimes d'une société dont nous ne connaissons généralement que les succès les plus flatteurs – pour ne pas dire les plus trompeurs. Les auteurs représentés ici nous renvoient une image sans complaisance de leur monde comme il va. Le travail à la chaîne est stigmatisé avec un humour féroce dans La fabrique de conserves ; le quotidien éprouve durement les héros de Nocturne d'un chauffeur de taxi ; le foyer pèse de tout son poids dans La maison en Lego ; les liens familiaux se délitent dans Semailles ; les on-dit gangrènent une petite ville dans Rumeurs ; l'immigration est questionnée dans Bonne année à tous ; le couple vit l'enfer et se désagrège dans Mon mari, tandis qu'il chemine avec poésie vers la mort dans Neuf épisodes... Dix histoires qui sont autant de fenêtres sur la Corée d'aujourd'hui. Auteurs: Kim Ae-ran Baek Ka-hum Ahn Yeong-sil Jo Kyung-ran Park Chan-soon Kim Yeon-su Choi Jin Young Han Kang Yoon Sung-hee Pyun Hye-young

  • Sa mère l'a baptisée Crane, prénom sioux qui désigne la grue, le grand oiseau migrateur. Et comme, auparavant, cette même mère avait tenté de se débarrasser d"elle, Crane est née défigurée, chétive et bigleuse. Son histoire commence dans un trou perdu de l'Iowa dans les années 1950. Avec pour parents, un trio minable, qui s"est constitué sur le circuit des prêcheurs itinérants : Big Duck, faux prêcheur et escroc, père fictif de Crane et de son demi-frère ; Tit, superbe femelle qui les a engendrés ; Flat, mère d'une fille dont Big Duck est vraiment le père ! La maisonnée vit dans la crasse et l"indigence, les trois enfants, non scolarisés, sont livrés à eux-mêmes et sous-alimentés en permanence. Leur unique distraction est le passage du train de 21 h 49 à quelques centaines de mètres de chez eux ; et le reste du temps, la contemplation des champs de maïs qui s'étendent à perte de vue. Jusqu'au jour où déboulent pelleteuses et excavatrices : la modernité est en marche, le trou perdu va devenir une cité lacustre. Crane, rebelle et miraculeusement surdouée, est alors projetée dans une nouvelle vie qui la sauvera de la misère, mais la plongera aussi dans le mensonge et la solitude. Rien de sordide dans cette histoire puissante. La plume nerveuse de Lucia Nevaï transforme l'étendue monotone des champs de maïs en un paysage lunaire ; de situations désespérées et de personnages horrifiants, elle pointe le saugrenu ; de l'abjection, elle fait naître l'attachement et la tendresse.

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