Poésie

  • À l'école, quand on nous demandait ce que nos parents faisaient dans la vie, je n'avais rien à répondre, car mes parents ne faisaient rien. Ce n'était pas leur faute. Je ne comprenais pas pourquoi ils avaient fait un enfant. Ils m'ont eue, mais nous avons failli être deux. Souvent je me dis qu'ensemble il aurait été plus facile de vivre avec eux, d'obéir à ceux qui ne désiraient rien créer. À la place, je suis deux. Je ne peux ni te libérer, ni t'avaler pour de bon. J'ai dû apprendre. J'ai grandi avec toi, je suis partie avec toi, vers une lumière que moi seule arrive à voir. Ce n'est pas juste, mais c'était la seule solution.

  • Yahya Hassan

    Yahya Hassan

    Palestinien apatride avec passeport danois né en 1995, mort en 2020. Un phénomène de vente inédit au Danemark, traduit dans douze pays.

  • Passé maitre dans l'art de l'écriture à contrainte, Thibodeau réussit un véritable tour de force avec ce livre dans lequel il n'utilise pas une seule fois le " r " sonore, la consonne identitaire par excellence de l'accent acadien. Il en résulte une proposition de lecture hors du commun, à la fois auditive, espiègle et ludique. Les poèmes oscillent entre le cynisme nordique et le baroque latino par l'usage de propos parfois impitoyables, souvent outranciers, à l'égard d'une époque incapable de distinguer ses vérités de ses mensonges. Un grand bol d'air frais pour contrer la morosité ambiante.

  • L'INCESTE

    Vanessa Rochange

    Dans ce recueil de poèmes, l'auteur a souhaité, au-delà même d'aborder le thème de l'inceste, dénoncer la persistance de son tabou. Si la libération de la parole est une chose, sa prise en considération en est une tout autre. La famille n'est pas toujours encline à écouter et à soutenir la victime, laquelle peut se voir accusée d'avoir mis à mal l'équilibre familial en refusant l'instauration du tabou : « J'espère que tu sauras reconnaître ton entière responsabilité dans tout ce gâchis. »
    « J'ai osé dire ce qui doit être tu,
    Je suis de vous dorénavant combattue.
    J'ai osé désirer être respectée,
    Je suis de vous dorénavant critiquée.
    Dans la famille qui gravement divague
    Un océan ne doit pas faire de vagues.
    Je constate que face à votre déni
    Ma vague prend de l'ampleur, je vous le dis,
    Et devient telle une voile en plein mistral.
    Mes mots sont pour vous une infection virale,
    Pour vos âmes mes mots sont autant de claques.
    Non, mon océan ne deviendra pas flaque
    Dans laquelle vous aimeriez sautiller. »
    (Extrait « Le risque d'oser »)

  • Figure marquante du théâtre québécois et canadien, Brigitte Haentjens publie un deuxième ouvrage solo, un livre visuellement et formellement intrigant. La mise en page découpe comme de la poésie un texte qui se lit pourtant comme de la prose. Une série de photos d'Angelo Barsetti accompagne le texte. Le récit est réduit à l'essentiel : un regard en surface qui fait ressentir un désarroi en profondeur.



    Une femme, photographe à Paris, est atterrée par la mort accidentelle de son jeune frère. Comme pour ne plus être consciente de cette perte, elle entreprend de se perdre elle-même. Elle se noie dans l'alcool, se livre à des inconnus, se lie avec un homme d'affaires allemand en une relation sexuelle intense mais dégradante. L'absence de son frère est une ombre qui la suit, l'enveloppe, la vide puis l'habite.



    « Récit troué » : c'est le genre que donne l'auteure à ce portrait dénudé, qui s'interdit l'introspection, s'en tient à la surface des actes et des êtres. Son tour de force : faire sentir une intense présence au coeur d'une intense absence.

  • «Et là, mon coeur» est un acte d'amour pour les parents maintenant âgés, un acte de reconnaissance pour l'accompagnement de la soeur toujours présente. Un « avant la mort » qui vient courageusement envisager des effacements déjà terrifiants, déjà porteurs de mélancolie. Après «Le livre des absents», qui montrait la désaffection des amitiés, les disparitions venues dévaster le paysage, l'auteur regarde ses parents passant le pont des âges, voulant en retarder la traversée, car il sait bien qu'une fois le trajet accompli, ils sont, lui et la soeur, « les nommés au codicille, celui et celle qui seront les porteurs de chagrin. »

  • Pour répondre à la question posée par le titre, les poèmes de «J'ignore combien j'ai d'enfants» plongent dans le caveau des souvenirs de famille.

    Le temps, qui a transformé les anciens enfants, a vu se multiplier les personnalités éphémères, les affabulations, condamnations, rejets et autres silences. Pour mieux comprendre cette dérive, les poèmes interrogent la matière et le temps (deux des principaux objets d'étude de la science physique), alors qu'il leur devient impossible de ne pas entendre les échos d'un cosmos lointain qui abrite néanmoins l'actuelle présence des disparus, dont celle de la jumelle morte en bas âge, qui parle maintenant depuis le clan des multiples enfants à dénombrer.

    Dans l'irrésolution des mystères liés à toutes ces absences, le poème apparaît comme un moyen privilégié de maintenir en vie les morts, et de permettre notre conscience du monde, laquelle par ricochet confère son poids à notre monde.

  • un amas
    de métaux
    obscurs

    recouvre
    le côté droit
    de ma tête.

    j'en extrais
    mes idées

    les rends
    malléables

    les fais fondre
    avec le réel.

    Dans «Premier quart», la poétesse revisite le Nord, lieu de sa naissance, à travers le voyage et les souvenirs. Au long de son parcours, elle tentera de comprendre les drames et réalités à l'oeuvre dans le rude climat nordique. Elle sera ainsi ramenée à ses propres combats, à la solitude, à la tristesse, à l'angoisse, et à l'hiver qui invite à l'introspection. La nature et l'écriture lui permettront d'inscrire sa quête dans un vaste héritage familial et littéraire.

    Ce premier recueil de Véronique Sylvain tisse la nordicité en contrepoint d'une identité féminine et urbaine. Il s'inscrit dans la lignée de poètes établis (Robert Dickson, Patrice Desbiens, Michel Dallaire, Gaston Tremblay) et émergents (Sonia-Sophie Courdeau, Daniel Aubin) ayant contribué à forger l'esthétique poétique du Nouvel-Ontario.

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