• La résistante dans l'ombre du héros.Laure Moulin (1892-1974) est la soeur du héros national Jean Moulin. À la Libération et jusqu'à sa mort, cette gardienne de la mémoire n'a eu de cesse de sillonner la France pour faire connaître l'action de son frère. Pour autant, elle, n'a pas vécu à travers le seul prisme fraternel.
    Si elle n'est pas au nombre de ces héroïnes qui maniaient la mitraillette comme Lucie Aubrac, elle s'inscrit cependant bel et bien dans la lignée de ces femmes résistantes, trop humble pour s'en prévaloir. Elle est la secrétaire de Jean, conservant des papiers compromettants et remplissant plusieurs missions pour lui. Tel est le passé magistralement relaté par Thomas Rabino à partir de sources inédites : archives familiales, privées, administratives et résistantes, témoignages de proches amis et connaissances.
    Il est aujourd'hui temps de lever le voile sur une femme d'exception, éternelle républicaine, et grande résistante.


  • Le récit haletant d'une brève mais violente période de la vie du général de Gaulle qui, du 28 mai au 5 juin 1940, résista aux Allemands sur la Somme à la tête de cinq cents chars.

    À partir du 28 mai 1940, la 4e division cuirassée du colonel de Gaulle participe à l'offensive d'Abbeville, sur la Somme, qu'elle mène jusqu'à l'épuisement. Le 5 juin, le général (à titre provisoire) de Gaulle devenait sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale. C'est cette brève, mais violente période de sa vie qui est ici mise en lumière. Pour y parvenir, l'auteur a mené une enquête minutieuse en France et en Allemagne afin de regrouper les rares textes contemporains et de recueillir plusieurs centaines de témoignages, tant auprès de ceux qui servaient avec de Gaulle qu'auprès de l'ennemi. Vif, contrasté, rapide, surprenant, ce récit nous emporte des centres de décision au terrain, du PC même du Général à celui de son adversaire. L'image qui se dégage est celle d'un chef solitaire et énergique, mais aussi celle d'un homme sourd à tout conseil, jaloux de son autorité, plus attaché aux données stratégiques de la guerre qu'aux conditions imposées du combat.
    Un ouvrage original, sans complaisance, dont les informations sont puisées aux meilleures sources.

  • Pierre Laval

    Renaud Meltz

    Revisités de fond en comble, le destin et la personnalité d'un des hommes les plus détestés de notre histoire.Le 22 octobre 1931, le président du Conseil Pierre Laval est accueilli à Washington par l'ambassadeur Paul Claudel. Il est à quarante-huit ans l'une des figures incontournables de la politique française et Time Magazine va le proclamer " homme de l'année ". Quel chemin parcouru pour le fils de l'aubergiste de Châteldon, l'avocat besogneux, le député-maire naguère socialiste d'Aubervilliers, bientôt l'interlocuteur de Staline, Mussolini, Hitler ! Plus incompréhensible lui apparaît l'issue de son aventure terrestre, quatorze ans plus tard, lorsqu'il est conduit dans un fossé de la prison de Fresnes pour y être fusillé. Le feu du peloton d'exécution frappe le mauvais génie de Pétain, l'emblème honni de la Collaboration, qui a souhaité publiquement la victoire du IIIe Reich. Cet homme au parcours heurté, sous ses abords frustes et habiles, recèle bien des secrets. Renaud Meltz, à partir de nombreuses sources inédites, dévoile une trajectoire qui n'avait rien de fatal, où l'argent, les opportunités et l'entourage, l'obsession du pouvoir à tout prix, enfin, jouèrent un rôle décisif. Que l'Auvergnat, pacifiste sincère, époux et père aimant, pur produit de la méritocratie républicaine, artisan des assurances sociales, ait consenti à la mort du monde dont il procédait, voilà le mystère qui est ici exploré. Des lumières nouvelles sont jetées sur ce Français à bien des égards ordinaire, roublard et sûr de lui, qui n'était ni intellectuellement ni surtout spirituellement armé pour affronter les forces nazies réclamant à la France vaincue sa conception de la dignité de l'homme et ses Juifs.
    Une somme magistrale, et qui fera autorité.

  • " L'Angleterre, comme Carthage, sera détruite ! " Jean Hérold-Paquis (1912-1945), reste l'homme de la collaboration à outrance et d'une formule inlassablement reprise à Radio-Paris, l'anti Radio-Londres. L'histoire saisissante d'une voix grisée par son pouvoir.
    Se fondant sur des archives exceptionnelles - notamment celles de l'INA et du procès de 1945 - Yves Pourcher analyse la trajectoire d'un petit journaliste agité prêt à tout pour se hisser en haut de l'affiche. Localier magouilleur dans les journaux de Nancy, il devient polémiste politique à Paris. Jean Hérold découvre la radio et ses effets dévastateurs. Sa voie est tracée. Il sera le relais et l'amplificateur de tout ce qui râle et dénonce. D'abord soutien de l'Action française puis animateur du service français de Radio Saragosse, au micro des Franquistes.
    Après la défaite, Hérold-Paquis entre au service de Vichy où son zèle et son agressivité finissent par déranger. Le Maréchal est trop mou ? Hérold-Paquis rejoint les nazis, nouveaux maîtres de Radio-Paris. Après le débarquement, il fuit en Allemagne où il continue son métier de speaker enragé. Arrêté, il est jugé, condamné à mort et fusillé le 11 octobre 1945. À 33 ans.
    Cette histoire est aussi celle des années conquérantes de la radio, l'influenceur le plus puissant de la période 1930-1940. Yves Pourcher en restitue de manière très vivante la profusion, l'inventivité aussi bien que les ambiguïtés. De quoi faire réfléchir, à l'heure tout aussi vertigineuse des réseaux sociaux et des infox...

  • Elles s'appellent Andrée Cotillon, Alice Mackert, Juliette Goublet, Rudolphina Kahan, Waltraute Jacobson, Hélène de Tranzé ou Maud Champetier de Ribes. Concubine, égérie, espionne, putain de bas-fonds, belle de jour, intellectuelle ou aristocrate fauchée : elles ont frayé avec la pègre, prêté main-forte à la Gestapo, trempé dans tous les mauvais coups de la Collaboration. Ces femmes ont pris part à des rafles d'enfants, servi de rabatteuses au sinistre docteur Petiot ou traqué les résistants dans le Vercors aux côtés de l'occupant.
    Cédric Meletta est parti sur les traces de ces aventurières, prédatrices ou criminelles oubliées, exhumant leur destin du secret des archives, comme dans un roman de Modiano. La plupart furent poursuivies et condamnées à la Libération, certaines fusillées lors d'exécutions sommaires.
    L'auteur ne refait pas leur procès. Il se plonge dans l'histoire de chacune, sonde leur âme noire, comme on rouvre des dossiers enfouis, et nous livre un tableau fascinant de cette période dont il restitue l'atmosphère et les intrigues avec une grande finesse psychologique et un sens aigu du détail et de l'anecdote. Son récit est tout autant d'un historien que d'un romancier, qui sait décrypter les ambiguïtés, les faux-semblants, les jeux d'ombres et de manipulations derrière la vérité des faits.


  • L'histoire bouleversante de Suzanne Spaak, héroïne méconnue de la Résistance et Juste parmi les nations.

    Voici une histoire de courage sans faille face au mal.
    Voici le drame haletant d'une femme qui a tout risqué pendant l'Occupation pour mettre à l'abri des centaines d'enfants juifs condamnés à la déportation.
    Suzanne Spaak, née en 1905 dans une famille de la haute bourgeoisie catholique belge, s'est installée à Paris en 1937 avec son mari, dramaturge à succès. Lorsque la guerre éclate, elle rejoint sans hésiter la Résistance et s'appuie sur sa fortune et son prestige social pour enrôler des complices dans la capitale occupée. Au nez et à la barbe des Allemands, Suzanne et d'autres femmes venues de plusieurs groupes de résistants juifs et chrétiens " kidnappent " des dizaines d'enfants pour les sauver des chambres à gaz.
    Suzanne paiera son immense volonté et son intrépidité : capturée par la Gestapo, elle sera exécutée peu avant la Libération.

  • De lattre

    Ivan Cadeau

    • Perrin
    • 9 Novembre 2017

    Le premier portrait nuancé d'une gloire française : le Maréchal de lattre." Ce guerrier est un éducateur ", déclarait Édouard Herriot, le mardi 15 janvier 1952, en hommage à Jean de Lattre de Tassigny, disparu quelques jours plus tôt. " Guerrier ", d'abord, car sa carrière militaire, commencée en 1908, englobe les conflits de l'armée française au XXe siècle, des champs de bataille de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale aux théâtres d'opérations extérieurs, du Maroc à l'Indochine. " Éducateur ", ensuite, parce que cette dimension est indissociable de l'oeuvre de De Lattre. La volonté d'instruire et d'encadrer la jeunesse apparaît dans les nombreux commandements qu'il occupe, comme chef de peloton de cavalerie ou comme général, placé à la tête de la 1re armée française.
    Quant à la personnalité du maréchal de Lattre, elle continue bien après sa mort à susciter les plus vifs commentaires, les uns mettant en avant ses atouts - animateur hors pair, travailleur infatigable -, les autres préférant relever ses défauts - ses colères, sa vindicte, son goût du faste. Il n'en fut pas moins un chef de guerre exceptionnel, et c'est sans doute là qu'il convient de trouver sa plus grande qualité, dans l'encadrement et le commandement de la troupe, dans son aptitude à susciter l'adhésion et à mener les hommes.

  • Le garçon qui tua l'amiral DarlanL'amiral Darlan, ancien chef du gouvernement de Vichy, haut-commissaire de la France en Afrique, est assassiné à Alger, le 24 décembre 1942, par Fernand Bonnier de la Chapelle, fusillé le surlendemain. Le nom du meurtrier se retrouve au détour de tous les ouvrages traitant des événements de la Seconde Guerre mondiale. Il est le prototype de l'illustre inconnu qui, agent supposé inconscient d'un complot qui le dépasse, entre abruptement dans l'Histoire pour en sortir aussitôt.
    De fait, que sait-on de lui ? Il avait 20 ans. On dit qu'il aurait appartenu aux Chantiers de la jeunesse ou aux Corps francs d'Afrique. On répète qu'il était royaliste - sa particule semble corroborer ces opinions monarchistes. Seulement, Fernand Bonnier de la Chapelle n'appartenait plus aux Chantiers de la jeunesse et il n'a jamais fait partie des Corps francs d'Afrique. Sa particule n'est qu'un leurre et " dans ses veines, écrira son père, ne coulait que le sang rouge des vrais républicains ".
    Issu d'une famille aventureuse, mais éduqué au sein d'une bourgeoisie fortunée et progressiste, Fernand Bonnier de la Chapelle n'eut, à partir de la défaite de 1940, qu'un rêve : partir en Angleterre pour se battre et faire quelque chose de grand. Un rêve sans cesse empêché qui devait le conduire à rencontrer tout autrement sa destinée, la veille de Noël 1942.
    À l'aide d'archives totalement inédites, Bénédicte Vergez-Chaignon, tenant son public en haleine de bout en bout, retrace pour la première fois le parcours de celui dont le général de Gaulle écrivit qu'il avait agi soulevé par une " juvénile fureur ".

  • La seule biographie de référence d'un héros, symbole de la France libre. Quand on a le panache d'un chevalier, comment accepte-t-on le risque d'un destin obscur et sans gloire, d'une vie errante, entre faux papiers, espionnage et conspiration ? Quand, depuis la première heure de la défaite de 1940, on éprouve l'occupation nazie comme une oppression, par quel mystère surmonte-t-on son ardeur patriotique jusqu'à se choisir pour ultime confident un aumônier allemand ? Eclaircir ces paradoxes, tel est le pari réussi dans ce livre, grâce à de nombreuses sources inédites. Etienne de Montety, journaliste, a notamment publié des biographies de Thierry Maulnier et Kléber Haedens; et un livre d'entretiens entre Hélie de Saint Marc et August von Kageneck.

  • Le destin d'une femme hors normes qui n'a pas pu trouver sa place dans la France de l'entre deux guerres et qui semble incarner tous les démons refoulés d'une période noire de notre Histoire.0500Née à Paris en 1893, Violette Morris s´est d´abord illustrée comme estafette sur le front pendant la Grande Guerre, puis comme sportive de haut niveau, notamment en course automobile où elle gagna le Bol d´Or en 1927 devant des concurrents masculins. Mais en 1930, la Fédération féminine sportive de France la condamne pour " mauvais exemple aux jeunes filles " Marginalisée, Violette fréquente les artistes, se fait couper les seins et s´installe avec sa compagne sur une péniche. Un homme venu la menacer y meurt sous les coups d´une arme à feu... Acquittée pour légitime défense, elle n´en devient pas moins une femme dangereuse, réputation qu´elle justifie en fréquentant les milieux collaborationnistes et allemands sous l´Occupation. A la tête d´un garage réquisitionné par la Luftwaffe tout en se livrant au marché noir, elle est accusée d´être agent de la Gestapo. Sa fin tragique sous les balles de la résistance normande en 1944 scelle le destin d´une figure hors norme qui n´a pas pu trouver sa place dans la France de l´entre-deux-guerres.
    Mal connu, objet d´une légende noire, le " dossier Violette Morris " méritait d´être rouvert. Une enquête minutieuse dans les archives des services secrets de la France libre, de la police, des procès en cour de justice de la Libération, et auprès des témoins en Normandie ne conclut pas à sa culpabilité. Et si Violette Morris incarnait tous les démons refoulés d´une époque ?

    Historienne et historienne de l´art, Marie-Josèphe Bonnet est l´auteur de :Les Relations amoureuses entre les femmes du XVIeau XXesiècle(Odile Jacob, 1995),Les Femmes artistes dans les avant gardes(Odile Jacob, 2006) etLes Voix de la Normandie combattante(Ouest-France, 2010). Elle travaille sur l´Occupation et la Résistance depuis plusieurs années, tout en poursuivant ses recherches sur l´art et le féminisme.0300 Puis les événements violents s'accélèrent. En 1937, elle tue un homme sur sa péniche avec une arme à feu. Acquittée pour légitime défense, elle n'en devient pas moins une femme dangereuse...  image qu'elle authentifie en fréquentant les milieux collaborationnistes et Allemands sous l'Occupation. Elle dirige un garage réquisitionné par la Luftwaffe, devient le chauffeur du secrétaire général du gouvernement puis fait du marché noir en Normandie et sera accusée d'être agent de la Gestapo... avant d'être exécutée par la Résistance en 1944. Une enquête minutieuse dans les archives des services secrets de la France libre, de la police, des procès en cour de justice de la Libération, et auprès des témoins en Normandie invite à rouvrir le dossier noir de celle qui était surnommée "la hyène de la Gestapo".

  • À l'occasion de l'entrée au Panthéon de Geneviève de Gaulle Anthonioz (1920-2002), sa mère, et de Germaine Tillion (1907-2008), Isabelle Anthonioz-Gaggini nous livre les échanges inédits de ces deux femmes d'exception, résistantes, déportées, qui toute leur vie luttèrent pour le devoir de mémoire. Un document exclusif.

    " Ma mère, Geneviève de Gaulle, faisait partie du "convoi des 27 000' avec la mère de Germaine Tillion ; elles devinrent amies pendant le transport vers le camp de Ravensbrück en février 1944. Elles y retrouvèrent Germaine, internée depuis plusieurs mois. Les deux jeunes femmes survécurent, Madame Tillion fut gazée. Geneviève et Germaine ne se quittèrent plus, devenues plus que des amies, plus que des soeurs.
    Depuis l'enfance, nous avons été témoins, mes frères et moi, de leurs longs échanges complices dans le travail inlassable de la conscience et de la mémoire, pour garder ce qui est vrai et juste, dans l'engagement commun du combat contre l'inacceptable. " Isabelle Anthonioz-Gaggini À l'occasion de l'entrée au Panthéon de Geneviève de Gaulle Anthonioz, sa mère, et de Germaine Tillion, Isabelle Anthonioz-Gaggini nous livre des échanges inédits de ces deux femmes d'exception, résistantes, déportées, qui toute leur vie luttèrent pour le devoir de mémoire. Des dialogues où les rires côtoient les silences douloureux, où les récits, précis, détaillés, terribles, ouvrent une vision lucide, mais aussi fraternelle de l'humanité.


  • Le nouveau titre de la collection à succès "Maîtres de guerre' : la biographie du général Leclerc, le plus redouté des généraux français, par son meilleur historien.

    " Les jeunes gens intelligents, il y en a trop. Ils courent les rues. Parlez-moi d'un caractère. Parlez-moi de Hauteclocque. " Voilà en quels termes un père jésuite évoquait le futur général Leclerc durant sa scolarité. Toute sa vie, l'officier a fait des choix singuliers qui l'ont conduit à devenir l'icône de la libération de la France. De ce destin unique, Jean-Christophe Notin décrit les inspirations géniales, lorsqu'il prend Koufra, Paris ou Strasbourg, mais aussi les moments de doute et de colère. Car Leclerc, c'est aussi un combat permanent contre ses propres faiblesses. Sa relation très particulière avec le général de Gaulle en témoigne, pleine de foucades, mais jusqu'au bout d'une inébranlable fidélité. Leclerc n'oubliera jamais qu'en choisissant de rallier Londres en juillet 1940 il a pris le risque de ne pas retrouver ce qui lui était le plus cher, ses six enfants, sa terre de Picardie et la très belle carrière militaire qui lui était promise.
    Sur la foi d'archives françaises, britanniques et américaines, Jean-Christophe Notin en relate la cause, son amour éperdu pour la France, qui le porta après guerre jusqu'en Indochine. Sa fin tragique, le 28 novembre 1947, fit pleurer de Gaulle et toute la France. C'est dire combien tous les deux réalisaient qu'ils venaient de perdre un grand homme.


  • 15 octobre 2015 - 70e anniversaire de l'exécution de Pierre Laval

    " Moi, Josée Laval, dont le nom aujourd'hui fait si peur à certains, j'ai été, dans l'entre-deux-guerres et pendant ces années si passionnantes de l'Occupation, une des reines de Paris. La seule qui ait vraiment compté, la seule qu'on ait autant couverte de fleurs et de cadeaux, de compliments et de louanges, et la seule qui, par sa présence, faisait frémir ou trembler les assistances et les soirées. "

    Elle avait aimé son père jusqu'à la folie. Partis de rien, ils s'étaient élevés ensemble dans le grand monde. Pacifiste et homme de gauche, Laval devint la figure noire de la collaboration. Son procès et sa mort furent qualifiés de " crime judiciaire ". Spectre des années noires, sa fille erra ensuite en solitaire dans la France d'après guerre. Moi, Josée Laval est une pierre lancée à nos figures qui rappelle une histoire terrible dont on a honte.

  • L'autre Jean Moulin

    Thomas Rabino

    • Perrin
    • 7 Mai 2013

    Avant de devenir un héros de la Résistance, Jean Moulin fut d´abord un gamin espiègle, intelligent mais dissipé, rêveur, frappé par la mort de son frère aîné et animé par la passion du dessin au point de vouloir en faire son métier. Puis, il fut un jeune homme marqué par un chagrin d´amour, un époux éphémère, un dandy (toujours très soucieux d´élégance) séducteur tenu à la discrétion par ses fonctions de plus en plus importantes dans le corps préfectoral, un dessinateur sous pseudonyme publié par les plus grands journaux, un assoiffé de voyages, un fou de sports, y compris mécanique, et un grand amateur d´art. Pionnier de la Résistance, il sut unifier les combattants de l´ombre, tout en s´aménageant des moments de détente indispensables à son équilibre.

    Riche en révélations, anecdotes et souvenirs rapportés par les dernières témoins de sa vie, ce livre sera abondamment illustré (photographies de famille, documents personnels...) Dans ce livre, on comprend également comment Moulin a pu gravir les échelons de la préfectorale avec une telle rapidité (il a été plus jeune sous-préfet de France, puis jeune préfet). Si ses compétences sont connues, sa capacité d´empathie avec les autres l'est un peu moins, et les réseaux qu'il a constitués dans la politique ou la presse ne le sont pas du tout. L'ambition de Moulin était à la hauteur de son talent. Talent qui n'était pas lisible dans ses résultats scolaires : le jeune Jean apparaît comme un gamin vif mais dissipé, surtout intéressé par le dessin.

  • La voix de la collaboration. Professeur obscur d'un paisible collège de province, Philippe Henriot collectionne les papillons, écrit des poèmes, mène une vie discrète et rangée. Qu'est-ce qui pousse à 35 ans ce catholique traditionnel à se lancer dans la bataille politique ? A s'engager dans une carrière qui l'amènera après-guerre des bancs de l'Assemblée au ministère de l'Information de Vichy en 1944 ? Ce champion des suspensions de séance, cet accusateur-inquisiteur a depuis toujours un ennemi viscéral, la franc-maçonnerie. Dans les années 1930, il en découvre un autre, le bolchevisme. A partir de l'invasion de l'URSS, Hitler devient pour lui le héros d'une nouvelle croisade. Mais Henriot, au-delà de ses prises de position, c'est d'abord une voix. Une voix qui transfigure cette figure austère, une voix qui fascine, une voix qui vide les rues des villes quand, deux fois par jour, il parle à la radio. Au point que la Résistance et la France libre commanditent son exécution. C'est aussi un homme qui brûle, qui fascine, un homme haï, même de son propre camp, symbole d'un catholicisme qui a fait le choix d'abord de la droite extrême, puis de l'extrême droite collaborationniste sous Vichy.

  • Septembre 1940. Léon Blum est arrêté sur ordre de Pétain. Motif : c'est « l'esprit de jouissance » du Front populaire qui a fait sombrer le pays dans la décadence tandis que l'Allemagne régénérée par Hitler produisait canons et chars d'assaut. Léon Blum se savait menacé ; il aurait pu fuir le pays comme ses amis le pressaient de le faire, mais il a choisi de rester. Il veut cette arrestation, parce qu'il veut un procès public pour se laver devant le pays tout entier des accusations lancées contre lui. De septembre 1940 à février 1942, Blum est traîné de prison en prison, et, autour de lui, on commence à craindre pour sa vie. Pourtant, le vieux leader résiste, lutte, se bat ; même enfermé, il réussit à rendre vie à son parti détruit et discrédité. Finalement, le procès se tient à Riom, et c´est un coup de théâtre : en quelques semaines, à force d'éloquence, d'énergie, d'humour, Léon Blum parvient à gagner à sa cause jusqu'à ses geôliers, qui se mettent au garde-à-vous quand il passe. C´est plus qu'en peuvent supporter les Allemands : ils donnent l'ordre d´interrompre le procès. Bientôt, ce sera la déportation à Buchenwald, dans l´étonnant et surréaliste pavillon de chasse de Himmler, réservé aux « hôtes de marque ».
    Pour expliquer la vitalité et de cet homme de soixante-dix ans, on évoque l'optimisme, l'humanisme... Mais cela ne suffit pas ; Léon Blum a un secret : une femme qu'il aime et qui l'aime.
    Avant guerre, Jeanne Reichenbach et Léon Blum étaient des amis distants, mariés chacun de leur côté. En 1940, aux heures sombres de la débâcle, tout change. Blum est veuf, isolé, vilipendé... Jeanne Reichenbach prend sa décision ; elle quitte son mari et vole au secours de l'homme qu'elle a toujours aimé en secret. Qui la découvre, et tombe amoureux. C'est grâce à elle - tous ses proches en conviennent - qu'il surmonte les obstacles, les affronts, les coups bas, et c'est grâce à elle qu'à Buchenwald, où elle l'a suivi, il survit encore.
    Discrète jusqu'au seuil de la mort, Jeanne Reichenbach a détruit avant de se suicider, en 1982, une partie des lettres que Léon Blum lui avait adressées. Dominique Missika a retrouvé ce qui en restait. Elles révèlent, jour après jour, de prison en prison, une histoire d'amour peu banale entre deux êtres exceptionnels de force et d'intelligence.

  • Pour la première fois, un historien se penche sur l'affaire Petiot, et surtout sur l'homme, son passé, sa folie, ses secrets. Une enquête et des révélations passionnantes !

    L'affaire Petiot éclate le 11 mars 1944 lorsqu'un feu provoque la découverte de cadavres en train d'être incinérés dans la chaudière d'un hôtel particulier de la rue Lesueur, à Paris. D'abord en fuite et se cachant sous l'identité du capitaine Valéri au sein des FFI, le docteur Petiot, le propriétaire de l'" hôtel tragique ", est finalement arrêté et accusé d'avoir assassiné, pour les dépouiller, 27 victimes. Son procès, qui débute le 18 mars 1946, est aussi médiatisé que celui de Landru au lendemain de la Grande Guerre.
    Aucun historien ne s'était véritablement penché jusqu'à aujourd'hui sur le destin de ce tueur en série dont l'histoire commence avec une enfance et un passé tumultueux. La question de la folie ne cesse d'émailler sa vie alors même qu'elle est écartée d'office lors de son procès. Sa culpabilité, à bien y regarder, n'est pas prouvée mais " établie ". Il y a encore beaucoup d'autres mystères dans cette affaire dont Petiot emporte le secret lorsque tombe le couperet de la guillotine, le 25 mai 1946. L'enquête restait à reprendre, non de police, mais d'Histoire.

  • « Ce livre n'est pas une biographie. C'est un portrait, un double portrait de ces deux femmes entre qui la confiance et la confidence étaient totales. Je ne connais pas assez Florence pour vérifier si son portrait à elle est ressemblant, mais je peux témoigner de l'anthanticité de celui de Lucie », écrit Raymond Aubrac dans son émouvante préface.

    Lucie Aubrac a 87 ans lorsqu'elle rencontre Florence Amiot à l'occasion d'une conférence dans un lycée où celle-ci enseigne l'histoire. Très vite leur relation devient élective puis affective. Lucie Aubrac, pour qui le verbe résister se conjuguait toujours au présent, évoque ses amis Jean Cavaillès, Jean-Pierre Vernant, Serge Ravanel et ses combats sans cesse renouvelés pour la liberté et la dignité des hommes.

    Les yeux de Lucie Aubrac ne lui permettant plus de lire, Florence Amiot lui enregistre des livres sur cassettes en un geste d'une tendresse infinie.

    On entend Lucie Aubrac en lisant Florence Amiot. Le dialogue impertinent et émouvant de deux femmes debout.

  • Pour son entrée au Panthéon en mai 2015, une nouvelle édition de cette très belle biographie de Geneviève de Gaulle Anthonioz (1920-2002), résistante, déportée, présidente d'ATD Quart Monde, qui toute sa vie mena le même combat : lutter pour la dignité de l'homme, refuser la misère qu'elle considérait comme une insulte à la démocratie.

    " L'héroïsme, je n'aime pas ce mot. Les peuples ont besoin d'avoir des modèles, alors on leur invente des héros... Mais la vie, ce n'est pas cela. Je ne crois pas qu'il faille chercher à avoir une grande vie ou un grand destin... il faut essayer d'être juste. " Geneviève de Gaulle élevait rarement la voix, mais elle n'hésitait pas, avec une ferme détermination, à se faire entendre dans le débat politique. Dans ce livre, elle accepta de lever le voile sur ce qu'étaient ses convictions, ses engagements. Toute sa vie, elle mena le même combat : lutter pour la dignité de l'homme, refuser la misère qu'elle considérait comme une insulte à la démocratie.
    Nièce du général de Gaulle, elle entra dans la résistance à dix-huit ans. Déportée au camp de Ravensbrück, elle lutta sans relâche contre l'anéantissement. C'est ce même " refus de l'inacceptable " qui la conduisit au sein d'ATD Quart Monde, dès 1958, à lutter contre la grande pauvreté.
    " Résistante " est le seul adjectif que Geneviève de Gaulle Anthonioz accepta que l'on accole à son nom.

  • Gustave Hervé est un des personnages les plus originaux et passionnants de la IIIe République. Néà Brest en 1871 et mort à Paris en 1944, il démarre sa carrière de professeur d'histoire et de propagandiste dans l'Yonne, en 1900, sous le pseudonyme de " Sans Patrie ". Révoqué de l'enseignement, devenu avocat et radié du barreau de Paris pour raisons politiques, il est le leader incontesté des antimilitaristes et des antipatriotes au sein de la SFIO et fonde en 1906 un célèbre hebdomadaire révolutionnaire, La Guerre sociale. Ses articles incendiaires contre l'armée et la police lui valent plusieurs condamnations à de lourdes peines de prison et un sobriquet glorieux : " L'Enfermé". Pourtant, dès le début de la Grande Guerre, en juillet 1914, ce socialiste insurrectionnel devient un propagandiste acharné de la cause patriotique. Dès lors, il glisse peu à peu vers un socialisme national qui le place aux avant-postes des droites extrêmes dès les années vingt. Admirateur du fascisme italien et du national-socialisme allemand, c'est lui qui lance dès 1935 le slogan " C'est Pétain qu'il nous faut ". Il deviendra un des plus fervents soutiens du maréchal, avec lequel, pourtant, jamais à court de volte-faces paradoxales, il prendra ses distances dès 1940. Journaliste talentueux et provocateur imprévisible, il s'est attiré tout au long de sa vie les admirations les plus fidèles et les haines les plus féroces. Sa plume trempée dans le vitriol, son génie de la propagande - qu'on décrirait aujourd'hui comme l'art d'un " grand communicateur " - en font un des créateurs de la presse moderne. Quant à sa trajectoire singulière, elle est l'incarnation exemplaire de la complexité politique de la première moitié de notre siècle.

  • Jean Luchaire

    Cédric Meletta

    « Il était veule, faible, corrompu, beau, généreux. » Ainsi Simone Signoret, amie de sa fille l´actrice Corinne, décrit Jean Luchaire. Né en 1901 à Sienne, dans un milieu universitaire et artistique de haut vol, il avait tout pour réussir. A 15 ans, ce graphomane crée sa première revue littéraire. A 20 ans, il tâte de la diplomatie sous l´aile d´Aristide Briand. A 26, il fonde le mensuel Notre Temps, où collaborent, entre autres jeunes gens prometteurs, Mendès France et Brossolette. Débordant d´idées, jamais en peine d´un article, introduit dans la radio et le cinéma, tête de multiples réseaux, cet enfant chéri de l´entre-deux-guerres est adulé du Tout-Paris des arts, du spectacle et de la politique, argent, femmes et jazz à gogo.

    En 1930, ce militant philosémite et antifasciste de la première heure rencontre Otto Abetz. Commence alors une lente dérive vers l´Allemagne qui le conduira, par conviction pacifiste et par intérêt matériel, à toutes les complaisances. En 1940, Luchaire fonde Les Nouveaux Temps, phare de la presse collaborationniste, et devient le véritable patron de la presse sous l´Occupation. Vient le temps des moisissures et de l´infamie intellectuelle et morale. Titulaire à Sigmaringen d´un fantomatique commissariat à l´Information, Luchaire est fusillé au fort de Châtillon en février 1946. Il n´avait pas 45 ans.

    Entre fulgurance, imprudence et jouissance, la trajectoire foudroyante et foudroyée de ce feu follet forme ce que l´on appelle un destin.

empty