Grasset

  • Avec cet émouvant Autoportrait en noir et blanc, Thomas Chatterton Williams explore la question de l'identité en prenant pour point de départ la naissance de sa fille aînée, Marlow. Dans une maternité parisienne, lorsqu'il voit pour la première fois la petite tête blonde et les grands yeux bleus de son bébé, Williams, lui-même «  métis  », pense à tous les gens qui voudront la désigner comme « blanche ». Assigner sa fille à une «  race  » a-t-il un sens alors que ses gènes et ses héritages culturels sont multiples ?
    Afin de répondre à cette question, l'auteur conduit une réflexion  nourrie par son expérience et ses lectures, pour défendre l'idée d'une société post-raciale. Il fait par exemple un test ADN afin d'objectiver ses origines et finalement découvrir qu'il n'est qu'à 39,9% d'origine sub-saharienne. Le « premier président américain noir » n'est-il pas en réalité, lui aussi, «  métis  » ? Thomas Chatterton Williams réfléchit ainsi à une fluidité de la «  race  », en fonction du regard de l'autre, d'un espace géographique ou d'une époque, et cherche à balayer toute tentation de cloisonner l'identité.
    Texte incisif mais également lettre d'amour à ses enfants, cet autoportrait raconte le cheminement identitaire d'un père américain dans la société française contemporaine. Après Une soudaine liberté, Thomas Chatterton Williams s'inscrit plus que jamais dans le débat intellectuel d'aujourd'hui.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Colin Reingewirtz

  • « Je crois possible d'établir une liste de caractéristiques typiques de ce que j'appelle l'Ur-fascisme c'est-à-dire le fascisme primitif et éternel.
    L'Ur-fascisme est toujours autour de nous, parfois en civil.
    Ce serait tellement plus confortable si quelqu'un s'avançait sur la scène du monde pour dire "Je veux rouvrir Auschwitz..."
    Hélas, la vie n'est pas aussi simple.
    L'Ur-fascisme est susceptible de revenir sous les apparences les plus innocentes.
    Notre devoir est de le démasquer, de montrer du doigt chacune de ses nouvelles formes - chaque jour, dans chaque partie du monde. »Umberto Eco 
    L'auteur mêle ici souvenirs personnels de sa jeunesse sous le fascisme et analyse structurelle des 14 archétypes du fascisme primitif et éternel.

  • «  Face à celui qui vient te tuer, lève-toi et tue le premier.  » C'est par cette citation du Talmud que s'ouvre le livre-événement de Ronen Bergman, le premier ouvrage exhaustif sur les programmes d'assassinats ciblés menés par les services du Mossad, du Shin Bet et de l'armée israélienne. Depuis les mois qui ont précédé la création de l'État jusqu'aux menaces les plus contemporaines, Israël s'est appuyé sur le renseignement et les opérations secrètes pour préserver sa sécurité en exécutant, sur son sol ou à l'étranger, ses ennemis. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les Israéliens ont ainsi éliminé  de manière ciblée  plus d'individus que n'importe quel autre pays occidental.
    Il a fallu plusieurs décennies d'enquête à l'auteur pour réunir ces milliers de documents - dont beaucoup sont encore aujourd'hui classifiés - et pour mener des centaines d'entretiens avec des responsables du Mossad, des anciens Premiers Ministres israéliens, ou encore des membres de commandos parfois célèbres, remontant ainsi toute la chaîne depuis les agents exécutants jusqu'aux plus hautes sphères politiques. Bergman nous fait revivre les grands succès de ces opérations secrètes, certains échecs également, et écrit ainsi une histoire parallèle de l'État hébreu. Une histoire de l'ombre dont on comprend dès les premières pages qu'elle est ancrée dans l'ADN de la nation israélienne.
    Il s'agit d'un projet extrêmement ambitieux mais aussi d'un fabuleux page-turner qui se dévore, chapitre après chapitre, à l'instar des meilleures séries télévisées. Et pourtant nous ne sommes pas du côté de la fiction, Bergman nous raconte un monde secret mais bien réel qui continue, encore aujourd'hui, de modeler le Moyen-Orient et les relations internationales.
    Traduit de l'anglais par  Johan-Frédérik Hel Guedj

  • La route nationale 106 serpente entre la mer ionienne d'un côté et les montagnes de l'Aspromonte de l'autre. De Reggio de Calabre, on rejoint Siderno en seulement une heure et demie, c'est pourtant dans les quelques villages qui émaillent cette route qu'est née la `ndrangheta, la mafia calabraise implantée sur les cinq continents depuis plus de quarante ans et devenue l'une des organisations criminelles les plus puissantes - et rentables - au monde.
    Semant la mort au Canada comme dans de paisibles villes allemandes, blanchissant son argent jusqu'à Hong Kong, pouvant faire vaciller un gouvernement européen, en mesure de traiter avec les cartels latino-américains les plus redoutables et d'organiser la plus grosse livraison d'ecstasy de tous les temps, la `ndrangheta a profité de l'espace ouvert par la mafia sicilienne pour conquérir le monde.
    Antonio Talia, journaliste calabrais, n'a eu de cesse de chercher à comprendre le syndrome qui touche sa région depuis de nombreuses générations. Enlèvements, assassinats, corruption généralisée, pourquoi tout cela s'est-il développé justement ici  ? Parcourir la Nationale 106 lui permet de remonter à l'origine du phénomène global qu'est aujourd'hui la `ndrangheta, une organisation aux rites ancestraux, qui peut, simultanément, célébrer une Madone en larmes tout en négociant des opérations financières de plusieurs millions d'euros. Talia a enquêté pendant plus de dix  ans sur l'organisation secrète et pourtant poreuse, à laquelle lui et les siens ont toujours eu affaire. Il recoupe les informations, rencontre magistrats, criminologues, journalistes et ex-inflitrés, se nourrit de dossiers judiciaires, de rapports de police et de légistes qui, d'un bout à l'autre de la planète, font toujours entendre les mêmes noms, les mêmes consonances, du Canada à l'Australie, de la Slovaquie jusqu'à Marseille - car tous ont un lien avec ces villages le long de la Nationale 106.
    Reportage lucide, empreint de l'émotion et de la rage de celui qui décrit sa terre natale, 'Ndrangheta est une immersion dans la psyché mafieuse, la carte - mentale et géographique - d'une organisation dans laquelle, selon la formule de Roberto Saviano, «  on ne rentre que par le sang  : celui qui coule dans nos veines ou celui que l'on fait couler  ».
    Traduit de l'italien par Vincent Raynaud

  • Toutes les cultures ont eu une idée du beau et de l'art, mais toutes ne l'ont pas élaboré d'une façon théorique explicite... Le concept d'esthétique est né tardivement en Europe, au XVIIIème, et l'époque médiévale a longtemps été ignorée. Depuis cinquante ans, les choses ont changé, et l'on a découvert le Moyen-Age, sa richesse en spéculations sur la beauté, le plaisir esthétique, le goût, le beau naturel ou artistique, les rapports entre l'art et d'autres activités humaines. Ce livre est un précis d'histoire des théories esthétiques élaborées par la culture du Moyen Age latin.

  • Dans ce témoignage inédit, le lanceur d'alerte Christopher Wylie nous raconte comment l'utilisation des données personnelles de dizaines de millions de personnes et des opérations de manipulations mentales menées à grande échelle ont permis à Donald Trump d'accéder au pouvoir, et au Brexit de l'emporter lors du référendum britannique. Wylie a été le premier à dénoncer les pratiques de la société pour laquelle il travaillait, Cambridge Analytica, et à pointer du doigt Facebook, WikiLeaks, les services de renseignement russes et des hackers du monde entier qui ont participé, plus ou moins activement, à ces opérations dont les conséquences politiques et géopolitiques nous concernent tous.En partant de son histoire personnelle et de ses idéaux - Christopher Wylie est de tous les combats progressistes depuis son jeune âge -, le lanceur d'alerte décrit son arrivée à vingt-quatre ans dans une entreprise anglaise chargée par le Ministère de la Défense britannique de combattre le fanatisme religieux qui sévit en ligne. Mais rapidement, cette stratégie d'utilisation massive de données est détournée pour des buts politiques et Cambridge Analytica, puis son bureau des Opérations Américaines sont créés. Collecte de données, analyse de profils psychologiques, création et propagation massive de contenus  : une véritable arme de guerre tombée entre les mains de l'alt-right.Le grand lavage de cerveau  ne révèle pas simplement les dangers de l'hyper-connectivité et des données personnelles utilisées par des entreprises privées, ce livre expose au grand jour les stratégies pour orienter le vote de millions de citoyens via des campagnes de communication ultraciblées qui ébranlent le libre-arbitre de chacun mais également les piliers de nos démocraties. Ce document de première-main est aussi sensationnel que stupéfiant, un manifeste qui changera définitivement notre regard sur le monde numérique.Traduit de l'anglais (Canada) par Aurélien Blanchard

  • "Des années durant, j'ai cherché par tous les moyens à devenir aussi légère qu'un papillon. Et j'y suis presque arrivée. En termes de kilos, s'entend. Car pour ce qui est du reste, la vie a souvent été trop pesante pour moi. De devoir être la meilleure. De m'efforcer de répondre aux attentes des autres. D'oublier Alessandro, d'abandonner mon pays, de faire du français ma langue. Mais le plus pesant fut de recommencer à vivre..."Dans ce livre intime et émouvant, la philosophe Michela Marzano raconte son histoire d'anorexique, faite de douleurs dérobées, de moments intenses, de secrets familiaux, mais cette histoire personnelle, ce passé qui ne passe pas, c'est aussi la souffrance de beaucoup d'entre nous. Le savoir nous permet-il de triompher du corps ? Ou ne serait-il qu'une science sans conscience ?

  • "... l'intolérance la plus terrible est celle des pauvres, premières victimes de la différence. Il n'y a de racisme entre riches : eux, ils produisent éventuellement des doctrines de racisme ; mais les pauvres en produisent la pratique, bien plus dangereuse.
    Les intellectuels ne peuvent lutter contre l'intolérance sauvage, car, face à la pure animalité sans pensée, la pensée est désarmée. Mais il est trop tard quand ils affrontent l'intolérance doctrinale, parce que lorsque se fait doctrine, il est trop tard pour la combattre, et ceux qui devraient le faire en deviennent les premières victimes.
    Et pourtant, là est le défi. Eduquer à la tolérance des adultes qui se tirent dessus pour des raisons ethniques et religieuses est du temps perdu. Trop tard. Donc, l'intolérance sauvage se combat à la racine, par une éducation constante qui doit commencer dès la plus tendre enfance, avant qu'elle soit écrite dans un livre, et avant qu'elle devienne une croûte comportementale trop épaisse et trop dure.".

  • Né en 1881 dans une famille aisée, Stefan Zweig publia son premier recueil de poèmes à l'âge de 19 ans. Quoi qu'il écrivît - essais, articles, nouvelles, romans, biographies -, il ne connut que le succès. A partir des années 1930, il devint l'auteur vivant le plus traduit à travers le monde. Il était, aimait-il à plaisanter, l'un des dix auteurs de langue allemande à pouvoir se permettre de fuir.
    Après l'arrivée au pouvoir d'Hitler, cet auteur célébré par tous, chantre de l'humanisme international, amoureux des arts et des lettres, se retrouva, en l'espace de quelques années, contraint à un exil solitaire qui l'éloigna peu à peu de tout ce qui avait guidé et fait sa vie. Il quitta l'Autriche pour s'installer à Londres, puis à Bath, avant de partir pour l'Amérique - New York, Ossining, Rio et enfin Petrópolis où, en 1942, il mit fin à ses jours.
    Dans cet essai brillant et très documenté, George Prochnik retrace le destin tragique de Stefan Zweig, et à travers lui, c'est tout un pan de l'histoire culturelle européenne et américaine que l'on découvre, mais aussi la lutte de ceux qui durent abandonner l'une pour embrasser l'autre. Zweig devient ainsi, par ses textes et sa pensée, le symbole de la fin d'une époque et de l'implosion de l'Europe en tant qu'idéal d'une civilisation occidentale éclairée.
     

  • « La révolution gay fut d'abord et avant tout une révolution littéraire. » Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle génération d'écrivains américains s'est imposée. Leurs noms ? Truman Capote, Gore Vidal, Tennessee Williams, James Baldwin, Allen Ginsberg ou encore, plus près de nous, Christopher Isherwood, Edmund White, Tony Kushner, Armistead Maupin.
    Point commun de tous ces écrivains, outre l'insolence de leur talent ? Leur homosexualité - cachée pour les uns, revendiquée pour les autres, envers et contre toutes les discriminations. Du mouvement des droits civiques à l'apparition du sida, loin des cortèges de manifestants et sans jamais avoir fait école ni sacrifié à l'esprit de chapelle, c'est par leurs oeuvres que ces « anges batailleurs » ont brisé les préjugés et ouvert la voie à une modernité littéraire, politique et sociale aujourd'hui encore bousculée. Dans cet essai émaillé d'anecdotes et de portraits passionnants, Christopher Bram nous invite à découvrir ou à relire quelques-uns des plus grands auteurs américains sous un jour inédit. Preuve que la littérature est toujours à l'avant-garde.

  • Tout texte écrit s'adresse à un destinataire qu'il nomme son lecteur. Celui-ci, loin d'être passif doit tirer du texte ce qu'il ne dit pas, mais présuppose ou promet. On peut appeler cela la coopération interprétative du lecteur, et tel est l'objet d'analyse d'Umberto Eco.
    Approfondissant les intuitions de " l'oeuvre ouverte ", Lector in Fabula recherche les structures de la jouissance que procure le texte, formalise le processus interprétatif et en définit ses limites et surtout met au point la notion fondamentale du Lecteur Modèle.
    L'analyse détaillée d'" Un drame bien parisien ", nouvelle d'Alphonse Allais, fournit en contrepoint l'application pratique de cette exposition théorique, et offre ainsi à tous ceux qui sont confrontés à l'explication des textes un exemple lumineux.
    Mais Lector in Fabula permet aussi aux nombreux lecteurs enthousiastes du Nom de la Rose de comprendre pourquoi ils en ont tiré tant de plaisir. Clin d'oeil du sémioticien au romancier.

  • "C'est l'histoire d'une conquête foudroyante. En 2014, un maire de Florence de 39 ans devient le plus jeune Premier Ministre de l'histoire d'Italie. Depuis, Matteo Renzi gouverne la péninsule en faisant passer des réformes qu'on disait impossibles. Iconoclaste pressé, il a poussé en quelques mois toute une génération politique à la retraite, brisé, l'un après l'autre, les principaux tabous de la gauche et de la droite et refermé la page du berlusconisme.
    Mais qui est-il vraiment? De quoi Renzi est-il le nom? J'ai d'abord eu envie de retracer son parcours parce qu'il s'agit d'une aventure extraordinaire. Un roman vrai de la politique contemporaine qui aurait pu sortir de la plume du Cardinal de Retz. Ou d'un scénariste de House of Cards.
    Mais cette histoire est aussi la preuve qu'en politique l'immobilisme n'est pas une fatalité. Pendant la Renaissance, Machiavel notait déjà que, face à l'incertitude, la seule sécurité réside dans l'action. Cinq siècles plus tard, au coeur d'une Europe tétanisée par la peur, un autre Florentin applique cette règle en faisant le pari de l'ouverture et du progrès.
    Nul ne sait si l'entreprise de Renzi va réussir, mais son existence prouve qu'un art de la politique est toujours possible - et peut être même nécessaire - à l'époque d'Uber et des populismes."

  • Socialisme et christianisme retrace une partie de la pensée de Tolstoï au travers de sa correspondance avec Birioukof.

  • Dans Allah, liberté et amour, Irshad Manji invite musulmans et non-musulmans à transcender leurs peurs, qui les empêchent de vivre un rapport honnête et intègre avec Dieu : la peur d'offenser l'Autre dans un monde multiculturel ou de remettre sa propre communauté en question. Depuis la parution de son best-seller Musulmane mais libre, Irshad Manji est passée de la colère au combat. Elle nous montre comment chacun peut réconcilier sa croyance et l'autonomie, et découvrir ainsi le Allah de la liberté et de l'amour.
    Irshad Manji, tire profit de son expérience pour partager avec le lecteur des histoires parfois émouvantes, souvent drôles, toujours révélatrices de la confusion morale de notre temps. Qu'est-ce qui empêche les jeunes Musulmans, même en Occident, d'exprimer leur soif d'une réinterprétation religieuse ? Pourquoi un non-musulman craint-il de soutenir ouvertement les voix libérales au sein de l'Islam ? Comment en est-on arrivé à tolérer des coutumes intolérables, tels que les crimes d'honneur ? Comment les croyants peuvent-ils rejeter le dogme tout en gardant la foi ? Et surtout, comment chacun d'entre nous peut-il amorcer un voyage personnel vers le courage moral afin de réconcilier la foi et la liberté ?
    Allah, liberté et amour est le guide à suivre pour devenir un citoyen du monde courageux et audacieux. Car Irshad Manji a une foi profonde non seulement en Allah, mais aussi en l'être humain...

  • De l'Antiquité classique à nos jours, de multiples philosophies du signe et de l'interprétation se sont succédées, parfois alternatives, parfois complémentaires, sensibles en tout cas à des questions très différentes, et reflétant leur époque.
    Au cours des dernières décennies, l'auteur a écrit de nombreux essais sur le sujet et il en présente ici une sélection. Cela va d'une vaste recherche (qui s'ouvre avec Aristote et se clôt sur l'intelligence artificielle) sur deux représentations de notre connaissance, explicitées par les modèles de l'arbre et du labyrinthe, à deux études qui retracent l'histoire de la métaphore, d'Aristote à l'ère médiévale, en passant par un essai sur la façon dont, au Moyen-Age, on classait l'aboiement du chien et les autres cris animaux, mais aussi par la relecture du commentaire chaotique de l'Apocalypse qu'a livré Beatus de Liebana. On y découvre (ou redécouvre) également une étude sur les techniques médiévales de falsification ou encore une digression sur l'histoire de l'ars combinatoria de Lullo à Pic de la Mirandole, un texte sur la recherche séculaire d'une langue parfaite, un autre sur la sémiotique implicite des Fiancés pour en arriver à une série d'études sur Kant, Peirce, Croce, les théories sémantiques de Bréal et à une comparaison polémique avec la pensée « faible ».
    La somme d'une vie d'étude de l'histoire de la philosophie et de la sémiotique par un des plus grands spécialistes.

  • Dali ! Son nom devrait s'écrire avec un point d'exclamation. Tout en lui était immense : son humour, sa comédie, ses excès, son talent, sa vie. C'est ainsi que nous le montre, dans ces souvenirs inédits, le capitaine Moore, qui a été son ami et son homme de confiance pendant plus de vingt-cinq ans. De Cadaqués à New York, de l'hôtel Meurice de Paris au Palace de Madrid, en compagnie de Luis Buñuel comme de Marie Laure de Noailles ou d'Amanda Lear - et toujours avec Gala, sa muse, sa protectrice et sa louve -, voici les secrets avoués et inavouables d'un des plus grands peintres du XXe siècle. Préface de Catherine Moore.

  • En octobre 1939, Emmanuel Ringelblum, historien de formation, avait entrepris de rassembler systématiquement les documents touchant le sort des Juifs de Pologne et consitua autour de lui un groupe de bénévoles pour qui l'injonction à sa souvenir (Zokhar) était une forme élémentaire de résistance et qui se donna pour nom de code "Oyneg Shabes" : "Joie du sabbat", en yiddish.
    Si Ringelblum et sa famille périrent en mars 1944, comme la majorité des quelque soixante membres de ce réseau - historiens, sociologues, économistes, éducateurs, écrivains, poètes, en sorte qu'aucun domaine de la vie ne soit ignoré -, le groupe réussit à travailler d'arrache-pied jusqu'au printemps 1943, pour écrire la chronique de la disparition de la communauté yiddish. Sentant l'imminence d'une fin proche, les archivistes réussirent à cacher des milliers de documents dans des bidons de lait ou des boîtes en fer-blanc avant de les enterrer.
    Servi par un talent de conteur qui n'est pas sans rappeler celui des Disparus, cet ouvrage est sans conteste un des livres les plus importants sur la Shoah à côté de ceux de Hilberg et de Friedländer. Car au-delà de l'histoire magistrale d'une famille, d'un historien et d'un groupe, au-delà d'un tableau de la culture yiddish et de son inscription dans la culture polonaise et russe de l'époque, c'est véritablement l'histoire de l'Holocauste vécue par ses victimes contemporaines qu'offre ce livre.

  • Comment distinguons-nous un éléphant d'un tatou ? Il s'agit d'un problème philosophique qui a obsédé la pensée humaine depuis Platon jusqu'aux cognitivistes contemporains et que Kant, lui non plus, n'a pas su résoudre ni même poser de façon satisfaisante : la perception que nous avons des choses dépend-elle de la structure de notre appareil cognitif, de la structure de notre appareil linguistique, ou des deux ?
    Arrivé à ce point, on voit que les problèmes sémiotiques sont intimement liés aux sciences de la connaissance. Vingt ans après la publication du Traité de Sémiotique générale, Umberto Eco a voulu faire le point et rassembler, en un ouvrage original, l'ensemble de sa réflexion et de son travail. En reprenant les questions de la référence, de l'iconisme, de la vérité, de la perception, et en s'intéressant de près à ce qu'il nommait alors le "seuil inférieur" de la sémiotique, l'auteur pratique une série d'explorations en mettant en scène un personnage souvent négligé : le sens commun.

  • Le livre des savoirs est un livre tout à fait extraordinaire, par son ampleur et sa force. Le professeur Constantin von Barloewen, ethnologue et philosophe allemand, membre du très célèbre Conseil Scientifique de l'Université de Harvard, a longuement filmé et questionné les plus grands esprits de notre temps.
    Soutenu par l'Unesco, Arte, et par un producteur autrichien puissant, il a parcouru le monde pour rencontrer des personnalités mondialement reconnues dans leur champ de connaissance. Un philosophe, un architecte, un romancier, un ethnologue, un homme de foi, c'est toute l'intelligence et la hauteur d'esprit de la planète qui est ici réunie, sans considération d'âge ni d'origine. Ayant lu et étudié leurs oeuvres, les ayant parfois contestées, souvent admirées, Barloewen a mené des entretiens d'un niveau remarquable, qui ont été diffusées à la télévision autrichienne, et qui sont ici enfin rendus disponibles dans leur intégralité.
    Cette enquête babélienne aura duré plus de huit ans, et le résultat est somptueux. Voici quelques noms : Debray, Levi-Strauss, Fuentes, Gordimer, Milosz, Amos Oz, Prigogine, Virilio, Wiesel? L'ensemble compose une sorte de bibliothèque des savoirs, accessible et vivante.

  • Imaginez un extraterrestre - ou tout simplement un étranger - qui débarquerait dans notre beau pays. Peut-être ferait-il aussitôt demi-tour, atterré par ce qu'il voit - ou peut-être s'attarderait-il un instant... C'est ce qu'a fait Ezra Suleiman, lui qui depuis plus de vingt ans observe, le regard amusé, avec une férocité critique qui n'a d'égale que son amour de la France, une société pétrie de contradictions, « fatras d'ambiguïtés et de paradoxes » - une nation schizophrène. Entre déclinisme ambiant et sursauts d'orgueil national ; entre culte des principes et des valeurs, attachement forcené au sacro-saint modèle républicain, et trahison des clercs ; entre grands discours et jérémiades incessantes - quelle est, aujourd'hui, la véritable identité de la France ? Il fallait un regard extérieur pour décrypter les codes d'un pays qui ne se comprend plus lui-même. Terre des grands principes, la France ? Elle n'a pourtant que son « exceptionnalisme » à la bouche... Terre d'égalité ? Elle est pourtant, de toutes les démocraties occidentales, celle où « l'élite » est la plus puissante, véritable caste privilégiée qui a tout fait pour confisquer et conserver ses petits avantages. Le « modèle républicain » ? Il n'en reste plus grand chose, quand les dirigeants se prennent tous pour des monarques aux petits pieds. Dernier bastion de la « culture » ? Mais qu'est-ce que la culture pour un pays qui laisse ses écoles et ses universités partir en ruines ? Et que serait-elle sans la machine à subventionner ? « Société bloquée » ? Allons donc, quelle complaisance - mais surtout, c'est là un discours bien pratique pour ceux qui profitent confortablement du statu quo et des avantages acquis... Qui aime la France la châtie bien !

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