Plon (réédition numérique FeniXX)

  • Avant d'écrire « Le temps du soupçon », commentaire de la dernière conférence de presse du Président de la République, j'ai longuement hésité. Si certaines voix s'étaient élevées, si François Mauriac ou André Malraux avaient répondu au général de Gaulle ce qu'ils auraient répondu à tout autre homme d'Etat tenant de pareils propos, je serais resté au dehors d'un débat dans lequel je ne puis m'engager en toute sérénité. Aucun des écrivains, honneur des lettres françaises, n'a parlé. Je me suis donc résolu ou résigné à plaider contre un réquisitoire d'autant plus insidieux qu'il demeure camouflé. J'ai pensé que ce témoignage ne prendrait sa pleine signification qu'à la condition d'y joindre les articles publiés pendant la crise du printemps 1967 et deux études sur Israël et les Juifs, écrites en 1960 et 1962, à l'époque où l'alliance franco-israélienne assurait aux Français d'origine juive une sécurité morale dont les privent, aujourd'hui, les péripéties de l'Histoire.

  • François Fejt donne ici les résultats d'une enquête qu'il a menée au cours des dernières années sur la situation des juifs en U.R.S.S. et dans les pays communistes. Cette enquête, conduite avec un parti pris d'objectivité et de lucidité remarquable, s'imposait d'autant plus que la vague d'antisémitisme qui déferle de nouveau sur l'Occident prête à un tel livre une actualité inattendue. Depuis la mort de Staline, le problème ne cesse de provoquer des débats passionnés. Les autorités communistes, quant à elles, prétendent qu'il s'agit d'un faux problème, puisque l'application du marxisme-léninisme doit apporter une solution définitive à la question des nationalités et que les constitutions en vigueur dans tous les pays communistes ont mis l'antisémitisme hors la loi. Le fait est qu'on a assisté, après la Révolution d'Octobre, à une renaissance de la culture juive en Union Soviétique et que de nombreux israélites se virent ouvrir les portes des plus hauts postes de l'État et de la vie économique. Pourtant les juifs soviétiques ont failli, à la fin du règne de Staline, être victimes d'une déportation massive et bien que, depuis 1953, leur sort se soit beaucoup amélioré, ils restent l'objet de discriminations de toutes sortes, se sentant même parfois menacés d'un antisémitisme populaire latent. Quelles sont les causes de ces contradictions ? C'est ce que François Fejt a tenté d'expliquer de manière originale, avec, à l'appui, les pièces les plus intéressantes du dossier qu'il a constitué à cet effet. Son but n'a pas été de dresser un réquisitoire : c'est au contraire par une analyse serrée qu'il a cherché à élucider le problème, en s'inspirant de la sociologie marxiste et des lois de développement de la société soviétique. L'antisémitisme des pays communistes apparaîtra, à travers cette étude, comme l'une des armes utilisées par les nouvelles élites contre l'ancienne intelligentsia, dans la lutte pour les postes dirigeants. Dans d'autres cas, ce sont certains clans qui s'en servent pour détourner le mécontentement populaire. En général, le malaise qui caractérise les rapports de l'État communiste avec les juifs vient du fait que ceux-ci sont porteurs de traditions et de déchirements millénaires qui les rendent particulièrement rebelles à se laisser emprisonner dans les schémas du marxisme. Aussi François Fejt estime-t-il que cette question ne saurait trouver de solution sans une libéralisation, une décontraction progressive du régime social soviétique.

  • Dans «  La nature des choses  », il se penche en philosophe sur les rapports profonds qui existent entre l'homme et l'univers, au seuil et déjà peut-être au sein d'une des plus grandes crises de civilisation que notre monde ait connues. Historien des idées, analyste de celles-ci, André Beaufre va aussi loin qu'il veut lorsqu'il exprime les siennes, même s'il le fait avec une prudence d'examen et une pudeur telles qu'en écrivant il semble songer à son lecteur autant qu'à lui-même, veillant à ne jamais le heurter, à ne jamais exercer sur lui la moindre « force de dissuasion », afin de le conduire au terme de son livre comme à la conclusion d'un dialogue élevé avec un ami proche. Cette conclusion, pourtant, est d'ordre spirituel sans aucune équivoque, mais André Beaufre nous y amène avec une prudence exemplaire qui pourrait être citée à bien des philosophes de profession : « Quand nous découvrons l'une des lois éternelles de la nature traduite par une formule mathématique, écrit-il, ce n'est pas l'agencement de la matière que nous découvrons, mais une parcelle de la pensée de Dieu ».

  • Loin d'être favorisés par rapport aux étrangers, comme on le prétend trop souvent par ignorance, les Français, bien au contraire, sont parmi les contribuables les plus imposés du monde moderne. Ce qui n'empêche pas notre pays de compter encore 6 millions "d'exclus de la croissance" ce qui constitue une honte nationale. Jacques Bloch-Morhange nous assène une série d'arguments et accumule des preuves chiffrées à couper le souffle. Né à Paris le 31 janvier 1921, l'auteur après la guerre et la Résistance a fait une carrière d'économiste et d'écrivain. Ses analyses et ses idées bénéficient d'une large audience en France et à l'étranger.

  • 1981, c'est la date de la prochaine élection présidentielle et Pierre Lefranc répond aux questions que se posent les Français angoissés par le déclin de leur pays. L'auteur, dont on connaît l'attachement aux principes affirmés par de Gaulle, formule des propositions précises, capables de transformer profondément notre société frappée d'immobilisme. A la lecture de ce texte, clair et dense, des perspectives nouvelles s'ouvrent dont il sera impossible de ne pas tenir compte.

  • Dans une certaine mesure, c'est l'histoire des quatre premières années de la Ve République que M. Guy Mollet présente dans ce livre. L'auteur entre en scène ès qualités, de façon permanente en tant que secrétaire général de la S.F.I.O., mais aussi avec ses responsabilités successives de Vice-Président du Conseil au moment des événements dramatiques de Mai 1958, et de ministre d'État du gouvernement de Gaulle. Pour la rédaction de cet ouvrage, M. Guy Mollet a utilisé, en dehors de pages inédites, différents textes (études, articles, déclarations à huis clos aux cadres du Parti socialiste) en même temps qu'il a sorti de ses archives inédites un certain lot de documents d'un très grand intérêt. Ainsi se trouvent réunis les faits authentiques et les réflexions profondes, en une riche matière politique.

  • A vous, Français innombrables, que touche la crise agricole actuelle, le livre de Raymond Cartier apporte aujourd'hui un dossier solidement établi. Nous voyons, après cette lecture, le drame de l'agriculture dans toute son ampleur : au-delà des revendications matérielles immédiates, si souvent fondées, c'est tout le vaste problème de « la révolution au village » - révolution technique, révolution psychologique - qui apparaît ici sur le grand écran. « L'idée qu'on se fait de la terre s'est profondément modifiée. L'homme fut longtemps devant elle comme devant une fatalité... » L'auteur montre que les agronomes modernes dont les techniques et les découvertes se multiplient sans cesse, estiment désormais que la terre n'est qu'une sorte de support, et que « l'eau, la lumière, la chaleur, et les aliments apportés par les engrais et les adjuvants chimiques, l'emportent en importance sur la qualité même de la glèbe. » C'est ainsi que de sols déshérités on a fait lever d'étonnantes moissons..., etc. Qu'il s'agisse du problème du blé, ou de celui de l'élevage, toutes les perspectives sont bouleversées, rénovées. L'ancien serf attaché à sa motte de terre réclame le droit à tous les privilèges de la civilisation. Entre autres miracles, celui qu'apporte « la révolution de l'herbe » promet des rendements hier inespérés... Enfin, l'agriculture française peut devenir non seulement une réserve nationale mais un grenier pour l'Europe impuissante à nourrir ses enfants. Grâce à ce « document vert », vous découvrirez à la fois la misère et la grandeur du paysan de France, et le suivrez dans son nouveau destin.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • L'évolution générale de la société remet en question les principes qui ont longtemps servi de dogme au monde politique. Pour assurer le jeu d'une démocratie moderne digne de ce nom, la refonte des anciennes méthodes de pensée et d'action apparaît aussi indispensable que la reconversion des objectifs proprement politiques. Le moment est venu de prendre acte de cette nécessité. Quelque amertume que puissent en éprouver les partis, chacun d'eux doit s'astreindre à réviser ses programmes et ses idées. Les vieilles distinctions de la Gauche à la Droite paraissent surannées. S'ils ne le comprennent pas, les partis traditionnels ne pourront que mourir. S'ils ne veulent pas disparaître, il leur faudra s'ouvrir aux réalités de demain - qui sont déjà celles d'aujourd'hui. En situant la vie politique contemporaine dans le champ plus large d'une réflexion sur « l'administration des choses et le gouvernement des hommes », M. Raymond Boisdé répond au souci de compréhension sociologique de notre époque : il offre aussi à la pensée politique des perspectives d'avenir particulièrement stimulantes.

  • Dans ce petit livre, Paul-Henri Spaak, Secrétaire général de l'O.T.A.N. se borne à rappeler les faits et les idées qui ont amené la conclusion de l'Alliance Atlantique et orienté son action. C'est en février 1948 que le coup d'état communiste à Prague devait sonner le réveil de l'Occident. Ce drame couronnait une série d'événements qui peu à peu avaient ruiné l'espoir de voir s'établir un ordre international fondé sur la justice et la liberté. Il fallait à nouveau pour préserver la paix recourir à un système d'alliance. Ainsi naquit l'idée de l'Alliance Atlantique dont le but était de décourager l'agression. Ce but a été atteint : depuis la signature du Traité de l'Atlantique Nord, le 4 avril 1949 à Washington, l'expansionnisme soviétique n'a plus fait le moindre progrès en Europe. Mais le communisme, poursuivant son rêve de domination mondiale, a changé de tactique et suscité de nouveaux périls. C'est à ces périls nouveaux que l'O.T.A.N. doit aujourd'hui faire face. Au défi global du communisme, elle est contrainte d'opposer une réplique, elle aussi, globale. Le problème n'a pas fondamentalement changé de nature, mais il a gagné en ampleur. Il aborde tous les domaines de l'activité humaine et s'étend géographiquement au monde tout entier. Pour le résoudre et assurer ainsi leur survie, les pays de l'Occident, forts de la supériorité de leurs idéaux, se doivent de transformer leur alliance en une véritable Communauté.

  • - Socialisme et classes sociales - Les fondements du socialisme - Le Socialisme et les pays sous-développés - Le Socialisme et l'unification européenne - Une erreur : la politique économique - Une faute : l'expédition de Port-Saïd - Un crime : la pacification en Algérie - Le drame de la S.F.I.O.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cela implique d'abord un réveil de conscience nationale, tant il est évident que la notion même de « Défense » ne peut être formulée que dans la mesure où les Français auront la conviction de posséder un patrimoine physique et moral dont ils doivent assurer l'intégrité et la croissance vis-à-vis des forces antagonistes. C'est seulement après cette prise de position essentielle, qu'il devient possible d'envisager une ligne d'action et d'aborder les réformes nécessaires à la mise sur pied d'un plan de « Défense ». Le Général Valluy n'a négligé aucun des aspects de ce grave problème et le dossier qu'il apporte est solidement établi. Qu'il s'agisse de la force de frappe, de la conduite de la défense ou de l'OTAN, son objectivité et sa très grande expérience lui permettent de proposer la solution la plus souhaitable. Et, à un moment où le mot « Paix », sans cesse brandi comme une menace, prend une résonance grave, le livre du Général Valluy acquiert une valeur de document d'extrême actualité qu'il serait vain de négliger.

  • Les auteurs de ce pamphlet ont moins de trente ans. Ils ont voulu évoquer l'angoisse d'une génération devant l'incapacité de ses aînés à assurer à la France la place qu'elle peut occuper dans le monde. Socialistes par conviction et non par sentimentalisme, ils ont espéré et salué le retour du général de Gaulle, mais ils estiment aujourd'hui que le 13 mai attend toujours sa nuit du 4 août. L'anéantissement de la gauche française, le règne des conservateurs partout en Occident, le défi inéluctable qu'implique la coexistence pacifique telle que l'entend le monde soviétique, l'effervescence des masses sous-développées et leur croissance démographique, tous ces éléments conduisent à penser que l'Europe libérale et le système capitaliste tout entier sont condamnés à moins long terme qu'on ne le pense et qu'il est indispensable de préparer la France à un renversement complet de son orientation diplomatique et économique. Ceux qui ont écrit ces pages restent fidèles à l'idéal gaulliste de grandeur nationale, mais ils sont convertis au socialisme par les évidences des statistiques autant que par une solidarité de salariés contre les privilèges et les injustices. C'est pourquoi ils veulent avant tout dissiper les malentendus qui opposent l'armée et les syndicats, les patriotes et la classe ouvrière. C'est pourquoi ils voudraient que soit rendue à la France, à son peuple, à son armée, le souffle révolutionnaire de l'An II. C'est pourquoi enfin ils croient qu'aucune solution n'est possible en Algérie sans une redistribution préalable des biens au peuple algérien. Voici donc un livre qui attisera bien des colères à droite comme à gauche. Il traduit l'inquiétude de jeunes Français qui viennent de commencer leur existence d'homme en payant, de l'autre côté de la, Méditerranée, les fautes, sinon la veulerie, de leurs aînés. Leurs réflexions et leurs idées seront demain des évidences, ou nul n'aura plus le loisir d'avoir une opinion.

  • En s'appuyant sur des exemples concrets et sur les chiffres officiels, l'auteur répond aux questions fondamentales : Quelles sont les causes profondes de l'insécurité ? La crise économique ou une crise culturelle ? Le découragement de la police, le laxisme des juges ? Il dénonce aussi les dangers que font peser sur notre société la drogue, le déracinement des immigrés, l'anonymat de la vie moderne, l'autodéfense et l'autojustice. Quels sont les remèdes ? Prévention ou répression ? L'État peut-il renoncer à punir les coupables sans, du même coup, encourager la délinquance ? Une politique anticriminelle de bon sens doit abandonner les méthodes permissives qui ont échoué partout dans le monde. Il est temps que les honnêtes gens soient rassurés. Dans une société en ordre ce sont les malfaiteurs qui doivent avoir peur.

  • Profondément divisée depuis près d'un demi-siècle, la gauche française se trouve, quarante-sept ans après le congrès de Tours, en pleine période de mutation. Ses composantes non communistes aspirent à se donner des structures originales et durables. Les plus importantes d'entre elles sont rassemblées depuis bientôt deux ans au sein d'une Fédération. Celle-ci entretient des rapports d'un style nouveau avec un parti communiste qui « bouge », et dont la réintégration dans la vie politique française a été grandement favorisée par l'élection présidentielle de décembre 1965. Après avoir recueilli, les 5 et 12 mars derniers, les fruits électoraux de sa politique et de sa tactique unitaires, cette gauche française en mouvement va-t-elle franchir des étapes supplémentaires ? Des difficultés subsistent, la route d'un renouveau plus complet est jalonnée d'obstacles, mais la double volonté de ne pas amplifier les divergences et de les surmonter a constamment prévalu, de l'automne 1965 à l'été 1967. En ira-t-il encore ainsi demain ? Si la réponse est affirmative, le paysage politique de la France en sera fondamentalement modifié, et pour longtemps sans doute.

  • Si la majorité des Français s'accorde aujourd'hui à penser qu'il faut « changer quelque chose au régime », la confusion et l'inquiétude des esprits empêchent d'envisager avec clarté dans quel sens et de quelle manière cette transformation, rendue inévitable par les faits, peut et doit s'opérer. À l'attraction du Communisme, à la tentation du Fascisme, au spectre du « Gaullisme », les hommes qui demeurent sincèrement attachés à l'idéal républicain ne peuvent opposer qu'une ombre de démocratie, qui tourne dangereusement à l'anarchie. Beaucoup, plutôt que d'affronter les véritables difficultés et de procéder résolument à la « révolution » nécessaire, préfèrent s'enfermer (et enfermer le pays) dans des demi-vérités et dans des alibis qui diminuent chaque jour la puissance réelle de la France, nation européenne et africaine à la fois. Un historien a pu dire des Chroniques que Maxime Blocq-Mascart a écrites et publiées entre 1941 et 1944 qu'elles constituaient sans doute le témoignage le plus authentique et le plus valable sur l'évolution des esprits en France pendant ces quatre années. C'est un témoignage analogue qu'apporte ici Maxime Blocq-Mascart, Conseiller d'État, ancien vice-président du Conseil National de la Résistance, économiste, écrivain et journaliste, en analysant clairement les causes du malaise actuel. Comme dans son livre précédent, Maxime Blocq-Mascart fait suivre son analyse de propositions constructives et montre la nécessité de rompre le barrage du « possibilisme ». En préconisant la création d'un État fédéral et en exposant les modalités d'application d'une telle transformation, il établit avec précision les données qui permettront d'établir une structure nouvelle convenant à une République Française de 85 millions d'habitants.

  • « Le mépris dans lequel beaucoup de nos intellectuels, certains enseignants et une partie de l'opinion publique tiennent la pédagogie, prépare la privatisation rapide du système scolaire. Inévitablement, les parents et les élèves qui ne trouvent pas à l'école une aide personnalisée au travail personnel, une réflexion sur le sens des savoirs et la formation à la citoyenneté se retourneront vers des filières spécialisées, des officines douteuses, quand ce ne seront pas des sectes millénaristes prêtes aujourd'hui à proliférer sur les décombres de la laïcité. Le service public d'éducation n'a pas d'autre choix : investir massivement dans la pédagogie ou périr. » Dans un débat qui n'a jamais été aussi vif, Philippe Meirieu ne mâche pas ses mots. Particulièrement exposé, souvent pris à partie pour ses projets de réforme, il s'adresse ici à quelques-uns de ses « amis politiques » : Jacques Julliard, Danièle Sallenave, Alain Finkielkraut, Catherine Kintzler, Régis Debray, Monique Vuaillat. Dans chaque lettre il reprend un thème de la controverse, s'explique et argumente point par point. Enfin, il interpelle tous les citoyens de la République soucieux de l'avenir de leur école. En vérité et sans concession.

  • L'élection présidentielle qui vient de faire entrer Kennedy à la Maison-Blanche s'est renouvelée depuis cent soixante-dix ans à des intervalles réguliers qui sont les mêmes que ceux des Olympiades... 44, 48, 52, 56, 60. L'opération permet de procéder à un inventaire politique général, de déceler des tendances, des mouvements d'opinion, de mettre au point des statistiques diverses. Car ce n'est pas uniquement d'un renouvellement quadriennal de l'Exécutif qu'il s'agit ; d'après la Constitution, l'élection met en jeu simultanément la Présidence, la totalité de l'effectif de la Chambre des Représentants, un tiers du Sénat, ainsi, qu'un certain nombre de postes de gouverneurs et d'autres fonctionnaires électifs à l'échelon des cinquante États. On peut ainsi, tous les quatre ans, faire un tableau politique du pays aussi détaillé que possible et prendre la mesure exacte de son nouveau Président. Pour nous, Français, est-il bon, est-il mauvais ? Nicolas Chatelain ouvre ici le dossier Kennedy et vous présente le jeune chef d'État.

  • 6 février 1934... 13 mai 1958. L'opinion publique, qui a tendance à tout simplifier à l'extrême, s'étonne qu'à vingt-quatre ans de distance, des événements qui semblent présenter d'aussi étranges similitudes n'aient pas provoqué des répliques et des réflexes semblables, alors que le danger paraissait le même. C'est sans doute qu'aujourd'hui, le choix n'est plus entre la réaction et le front populaire. Qu'est-ce qui a changé ? Les masses qui ont élu la première Assemblée de la Ve République aspirent à un ordre nouveau auquel elles entendent collaborer et dont elles doivent être, en contrepartie, les bénéficiaires. Elles ont compris qu'une révolution peut s'accomplir sans émeutes, sans qu'on fasse table rase, et qu'elle peut s'exprimer sur un long délai de temps, chaque jour, dans le travail, dans la continuité d'un pouvoir sage, qui cesserait enfin d'être soumis aux mouvements passionnels d'un parlement en vase clos. Ne seraient-ce pas là les prémices de ce gouvernement des choses dont Saint-Simon a annoncé qu'il remplacerait un jour le gouvernement des hommes ? Le monde bouge : c'est la France qui lui a donné le branle, et c'est elle pourtant qui semble en retard. Crise étrange que celle dont elle est atteinte : ses forces morales demeurent intactes, ses richesses matérielles sont immenses, son équilibre économique est à peu près assuré, son équilibre social ne paraît pas sérieusement menacé. Ce pays aurait-il pris la liberté pour le désordre ? Pourtant rien ne l'empêche d'entrer sans peur dans l'ère des métamorphoses. D'un pays de vieux, la France est redevenue un pays de jeunes. Si elle sait s'accommoder de l'indépendance des peuples d'Outre-Mer, elle est en voie de reprendre le rang qu'elle mérite : celui d'une des communautés les plus riches parmi les nations de moyenne grandeur.

  • « L'Université française (n'en déplaise à certains) est morte. Assommée au printemps 1968, elle a été achevée en automne et en hiver par la disparition du peu d'autorité nécessaire, du minimum de discipline sans lesquels rien n'est possible et par une nouvelle vague de projets, motions, demandes, protestations, discours qui ne furent suivis d'aucun acte, d'aucune décision claire, et pour cause. » Ce jugement de Marc Zamansky, doyen de la Faculté des Sciences de Paris, n'étonnera pas sous la plume d'un homme qui n'a jamais cédé aux analyses complaisantes, ni éprouvé le moindre goût pour les solutions faciles. Marc Zamansky fut le premier à dénoncer l'encombrement de nos facultés par ceux qu'il a nommé les « étudiants fantômes ». Il fut le premier à réclamer une « sélection » qui ne serait pas l'ennemie d'une démocratisation de l'enseignement supérieur, mais au contraire son alliée, en permettant d'éliminer équitablement ceux dont l'inaptitude à ses disciplines constitue le seul trait éclatant. Dans ce livre, Marc Zamansky analyse avec lucidité les causes et les manifestations du grave malaise universitaire actuel. Mais surtout il affirme ceci : c'est au niveau de la base, c'est-à-dire de l'enseignement primaire, puis à celui de l'enseignement secondaire que doivent être cherchées et préparées les solutions qui permettront la résurrection de l'enseignement supérieur français.

  • « Une solution généreuse du problème algérien », « une paix juste en Algérie » : telles sont les formules que, dans ses professions de foi pour les élections législatives du 23 et du 30 novembre 1958, Alain Peyrefitte s'était contenté d'inscrire à son programme. Alors que l'on embouchait la trompe, tantôt de « l'Algérie française » ou de « l'intégration », tantôt d'une « paix négociée », il ne se sentait pas en mesure d'indiquer de solution. A quoi bon couler dans le moule d'un slogan une réalité pour longtemps encore en fusion ? Aujourd'hui, la situation a mûri. Des tabous ont été levés. Des mythes se sont dégonflés. Le peuple français admet l'idée de l'indépendance de l'Algérie, comme il a admis celle de nos anciennes colonies. Il souhaite qu'on s'entende avec l'adversaire. Il est de plus en plus pressé de voir la fin. Cette fin paraît s'approcher à grands pas, mais quelle figure aura-t-elle ? Une paix négociée ? » Elle reste un idéal. Mais tant que la dispersion des Européens à travers tout le territoire, conséquence du fait colonial, transforme leur personne et leurs biens en autant d'otages virtuels entre les mains d'un gouvernement où le F.L.N. exercerait une influence prépondérante, la France se trouve potentiellement dans une situation de faiblesse qui rend la négociation difficile. Comment faire respecter la justice ? Comment fixer des garanties qui ne soient pas remises rapidement en cause ? Le F.L.N. n'a guère de raisons pour le moment de renoncer à des conceptions totalitaires auxquelles il paraît tenir autant qu'à l'indépendance elle-même. L'intégration ? Bien qu'elle soit théoriquement « généreuse », elle n'est plus une solution, si elle l'a jamais été. Elle ne mettrait pas fin à la guerre. L'association ? Ce serait une « solution juste et généreuse », mais apporterait-elle la paix ? Pour s'associer, il faut être deux. Ceux d'en face ont déclaré qu'ils repoussaient cette formule, taxée de néo-colonialisme. Alors, à moins d'une conversion miraculeuse, qu'il faut toujours souhaiter... Le départ ? C'est une solution injuste pour 2 ou 3 millions d'Européens et de Musulmans fidèles à la France, qui, faute de garanties efficaces, n'auraient le choix qu'entre l'exil et des risques de brimades ou même de massacres ; solution peu « généreuse », au demeurant, pour les autres Musulmans, qui seraient laissés aux prises avec de terribles problèmes. La partition ? Elle ne serait une « solution généreuse » et n'apporterait une « paix juste » qu'à certaines conditions très strictes, qui sont ici examinées. Cette « solution de désespoir », au fond, n'est pas si désespérante. Mais avant d'en arriver là, on devrait faire mieux...

  • Journaliste affecté depuis 1945 à la chronique militaire du Monde spécialiste des questions militaires, de l'O.T.A.N. et du S.H.A.P.E., envoyé spécial à Port-Saïd en 1956, auteur de nombreux reportages sur les armées modernes, Jean Planchais examine ici l'un des éléments les plus graves et les plus délicats du malaise français actuel : le malaise qui règne dans l'armée. L'affaire des généraux, ou la démission du général Paris de Bollardière, ne sont que les signes les plus manifestes d'un mécontentement qui existait déjà dans l'armée, à l'état latent depuis la guerre d'Indochine, mais que l'affaire algérienne a cristallisé. Tout se passe comme si l'armée se sentait en marge de la nation, parente pauvre dont le prestige est menacé, la conduite soumise à des exigences politiques contradictoires, la responsabilité chargée d'échecs et d'hésitations qui pourtant ne lui sont pas toutes imputables. Jean Planchais analyse de manière concrète et vivante les données de cette situation critique qui risque de conduire l'armée, et le régime avec elle, aux aventures les plus hasardeuses. Pour l'auteur, comme pour plusieurs des personnalités qui ont déjà pris la parole à Tribune libre, la solution ne peut être trouvée que dans une évolution du régime.

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