La Découverte (réédition numérique FeniXX)

  • « Ces gens-là » ce sont les habitants d'une cité de transit auprès desquels l'auteur a enquêté systématiquement. « Nous devons remercier Colette Pétonnet de nous donner aujourd'hui un livre passionnant, admirablement pensé et écrit sur ce sujet, écrit Roger Bastide dans sa préface, mais il faut aller plus loin ; il faut la féliciter d'avoir appliqué à ce sujet les méthodes de l'ethnologie, en vivant dans la cité qu'elle décrivait, en utilisant l'observation participante, les entretiens continus, au fil des heures et des saisons. Ce qui fait que la Cité de La Halle revit devant nous, avec ses commérages dans les couloirs, ses drames ou ses moments de fête, les rites secrets des caves et les aventures des jeunes dans la « brousse » environnante. Car la « maison » ici, ce n'est pas seulement l'appartement, c'est aussi le couloir, l'escalier, les caves ou la cour, chaque sous-groupe, groupe sexuel ou groupe d'âge, ayant son domaine propre, qu'il façonne et qui le façonne. »

  • Les générations ont beaucoup à nous apprendre sur nous-mêmes. Privilégiées ou sacrifiées par l'Histoire, elles forgent leur identité au contact des événements politiques, des mutations économiques, sociales et culturelles qui marquent leur jeunesse. Dans ce livre passionnant, synthétisant un grand nombre d'enquêtes sociologiques et d'opinion, Bernard Préel brosse l'histoire des générations récentes et celle de leurs relations. Relations complexes où se jouent, souvent sur fond d'incompréhensions et de conflits, des questions centrales : la transmission des valeurs et du patrimoine, les relations au sein du couple et de la famille, le rapport au travail et à la consommation. Le choc des générations propose ainsi à chacun de se confronter au portrait de sa génération. Dans cette fresque vivante, souvent drôle, Bernard Préel réserve une place particulière aux enfants du baby boom, Il montre en effet que, depuis leur révolte, en Mai 68, les rapports entre les générations se sont brutalement inversés. La jeunesse moderne - la génération Gorbatchev et, plus encore, la génération internet - ne se contente plus, en effet, de se rebeller. Elle dicte désormais sa loi aux générations précédentes et, en particulier, à celle de ses parents qui, obsédés par la peur de vieillir, s'approprient la culture jeune de leurs enfants. Avec le risque qu'un jour prochain, ces derniers instruisent le procès de leurs parents, enfants gâtés des Trente Glorieuses.

  • Le tiers monde est - et sera longtemps encore - rural, malgré la forte urbanisation qu'il connaît depuis une vingtaine d'années : en l'an 2000, un habitant sur deux vivra dans les campagnes, et assurera l'alimentation des villes. C'est dire l'importance à venir des campagnes dans l'économie du tiers monde. Mais celui-ci est multiple : quoi de commun entre les zones désertiques du Sahel et la pampa argentine, entre les hauts plateaux andins et les rizières de l'Asie du Sud-Est, entre le Nord-Est brésilien et la Chine ? L'auteur connaît bien ces différentes situations, et mène dans ce livre une étude comparative et prospective des enjeux économiques, sociaux, culturels et environnementaux qui se nouent dans les campagnes. Deux réalités accablent ces continents : la pauvreté, sans cesse grandissante des paysanneries, et la fragilisation des solidarités villageoises. Jacques Chonchol propose, pour faire échec à la pauvreté, de revaloriser l'aspect rural, d'encourager une industrialisation appropriée aux campagnes et aux paysans, de favoriser l'émancipation des femmes qui sont à la base des cultures, de rétablir les nécessaires équilibres avec l'écosystème. Mais ces diverses propositions doivent être resituées dans leur contexte, et c'est pourquoi l'ouvrage effectue, chapitre après chapitre, un véritable tour du monde. Le déficit alimentaire, les problèmes fonciers, l'intervention de l'État, l'enseignement agricole, l'influence du modèle occidental de développement, les structures familiales, l'échange inégal ville/campagne, etc., différent d'une région à une autre. La ville, la modernité, la division internationale du travail, lancent de véritables défis aux communautés rurales. Les réponses sont à formuler et à mettre en oeuvre dès aujourd'hui.

  • La modernité déferle sur notre monde, elle nous envahit pour notre salut ou pour notre infortune. Elle est devenue une référence presque obsessionnelle pour les hommes d'État du tiers monde, comme pour les dirigeants soviétiques ou chinois, pour les eurocrates, comme pour les chefs d'entreprise, pour les stratèges nucléaires, comme pour les théologiens, pour les gens de médias, comme pour les experts en ingénierie sociale, pour les vendeurs de lessive, comme pour les urbanistes. C'est ce moment planétaire que le présent essai tente d'analyser, en prolongeant la réflexion proposée il y a six ans dans De la modernité. La modernité-monde s'inscrit, et se met en scène, dans des lieux de modernité, des lieux dont l'image fortement symbolique ouvre ici chaque chapitre et introduit ses analyses : Hongkong et Beaubourg, les stades géants et la forêt amazonienne en feu. Notre modernité-monde est là et bien là. Il y a ceux qui aiment, ceux qui sont plutôt révulsés, ceux qui réfléchissent, ceux qui ne se résignent pas au grand lâchez-tout, ceux qui sont prêts à s'adapter avec réalisme, ceux qui s'acharnent à chercher une issue, une alternative... De la modernité, que faut-il avoir le courage de remettre en cause, ainsi notre gaspillage, notre profusion, nos privilèges face à la misère du monde ? Et que faut-il plutôt s'efforcer de maîtriser lucidement, notamment dans le domaine des innovations technologiques ? J'espère communiquer au lecteur ma conviction que la première question est au moins aussi importante que la seconde.

  • Pour la population juive de France pendant l'Occupation, il fallait, soit se conformer à une législation assassine, soit désobéir et courir les risques de la clandestinité. L'auteur est historien et fut animateur de la résistance juive communiste pendant la guerre.

  • Priorité à la lutte contre le chômage : d'un bout à l'autre de l'échiquier politique, tous les partis ont, aujourd'hui, fait leur ce mot d'ordre. Mais, s'agit-il vraiment d'autre chose que d'un simple slogan ? Pour en avoir le coeur net, Gérard Filoche propose dans ce livre une analyse critique des principales propositions pour l'emploi faites par les responsables politiques français. Il dresse ainsi un bilan édifiant des soixante mesures de la loi quinquennale pour l'emploi du gouvernement d'Édouard Balladur : pression accrue sur les emplois existants pour les flexibiliser et en diminuer les coûts, dérèglementation insidieuse du droit du travail... L'étude des programmes d'action de MM. Chirac, Séguin, Barre et Giscard d'Estaing n'est guère plus encourageante : au-delà des grands discours, ils réaffirment leur confiance dans les vertus du libéralisme, dont l'échec est pourtant avéré. Et si la gauche continue à refuser tout volontarisme, et à s'en tenir au traitement social du chômage, le résultat sera à peine meilleur. C'est donc pour une politique radicalement différente que plaide ici Gérard Filoche, de façon claire et argumentée : réduction massive du temps de travail, sans réduction du salaire direct, institution d'un Parlement social pour le contrôle des salaires différés que sont les cotisations sociales, aménagement du droit du travail pour s'adapter à cette nouvelle donne, mesures fiscales pour réduire les inégalités - 10 % de la population possède 54 % du patrimoine - et pour favoriser la relance en redistribuant du pouvoir d'achat.

  • Dans les situations de crise, de troubles ou de guerre, la désinformation et la propagande ont toujours été utilisées pour mobiliser les foules et tromper l'ennemi. Mais, aujourd'hui, les médias sont devenus beaucoup plus sophistiqués qu'autrefois, et le bourrage de crâne a fait place à de véritables médias tueurs. En Afrique, au Moyen-Orient ou dans les républiques de l'ex-Union soviétique, des organes de presse sont directement utilisés pour lancer des appels à la haine et à la violence. Au Rwanda, la tristement célèbre Radio des Milles Collines a ainsi préparé et accompagné le génocide, n'hésitant pas à appeler à remplir les fosses encore à moitié vides. Les miliciens, une radio dans une main, une machette dans l'autre, ont été les auditeurs les plus fidèles de cette véritable machine de mort. Devant la montée de ces médias de la haine, Reporters sans frontières, une organisation de défense de la liberté de la presse dans le monde, a envoyé des journalistes dans une dizaine de pays (Rwanda, Burundi, Niger, ex-Yougoslavie, Roumanie, Crimée, Caucase, Israël-Palestine, Égypte), pour comprendre pourquoi et comment fonctionnent ces journaux et ces radios. Pour les dénoncer, et obtenir leur mise hors-la-loi. Ce lïvre devrait permettre au grand public de savoir qui sont les journalistes de ces médias, qui les contrôle, qui les finance et, surtout, quels ravages ils sont susceptibles de provoquer si rien n'est entrepris pour les combattre.

  • Face aux déchaînements d'horreur en Algérie, l'opinion internationale semble tétanisée. Beaucoup d'observateurs disent : on ne comprend pas, on ne sait pas ce qui se passe vraiment. [...] Le rapport de Reporters sans frontières - Algérie, la guerre civile à huis clos - dénonce l'étrange inaction du pouvoir dans la recherche des assassins de journalistes, l'impitoyable censure qu'il exerce sur la presse, et l'interdiction de fait qu'il a imposée de toute enquête indépendante sur les violences ; le rapport de mission de la FIDH - La levée du voile : l'Algérie de l'extrajudiciaire et de la manipulation, établi à partir de témoignages particulièrement accablants recueillis sur place, montre que la lutte légitime de l'État algérien contre le terrorisme est menée, depuis 1992, en violation complète des conventions sur les droits de l'homme dont il est pourtant signataire (pratique généralisée de la torture, séquestrations arbitraires et disparitions, exécutions sommaires, milliers de prisonniers d'opinion, exactions encouragées des milices, etc.) ; - le rapport de l'organisation américaine Human Rights Watch - Algérie, des élections à l'ombre de la violence et de la répression - revient, à l'issue d'une mission sur place, sur les conditions très particulières des élections législatives du 5 juin 1997 (exclusion de certains opposants, censure, climat de violence, etc.) ; - et, enfin, le rapport d'Amnesty International - Algérie : la population civile prise au piège de la violence - analyse les exactions des groupes armés d'opposition, le rôle singulier des milices d'autodéfense armées par le pouvoir, le mur du silence construit par ce dernier pour entraver les enquêtes indépendantes, et l'indifférence de l'opinion internationale. Un ensemble de textes sans équivalent, qui ne permettra plus de dire : On ne savait pas.

  • La France a choisi l'alternance. Le nouveau gouvernement s'applique à sa tâche avec sérieux. Saurons-nous, cela étant, nous attaquer collectivement aux causes fondamentales de la crise de notre système politique ? Nous mobiliser sur des réformes de structures à la mesure des défis ? On a trop incriminé la mondialisation, contrainte mais aussi opportunité : la crise est d'abord en nous-mêmes. Notre problème principal réside dans cette exception française : un régime hyper-délégataire. Si l'exercice du pouvoir demeure centralisé, et si la société se tourne toujours vers l'État, la démocratie française est menacée de régressions majeures. Reconstruire un pouvoir politique : réaliser cet objectif, conditionne tout progrès de société. Les Français ont besoin d'un plan de travail pour reconstruire leur maison. La société ne dispose aujourd'hui que d'un programme face à la conjoncture, pas encore d'un projet. Le mouvement social et civique qui prend essor est ambivalent, et demande moins d'être flatté, que de participer à la solution des problèmes. L'apport principal du livre de Philippe Herzog se situe au niveau de la méthode : réapprendre à travailler ensemble en société. C'est un manifeste pour une démocratie participative. En sollicitant les commentaires, reproduits ici, de huit personnalités d'horizons très divers, Philippe Herzog montre que le débat est possible et peut être fructueux. Comment organiser les responsabilités pour résoudre le défi de l'emploi ? Comment construire une stratégie de croissance dans la mondialisation ? Comment refonder l'État ? Comment unir les Européens ? Des pistes novatrices sont avancées : la cogestion, la coopération du public et du privé ; gouverner en partenaires, diffuser et partager les pouvoirs ; fédérer les Européens pour un développement solidaire. Un livre dérangeant et constructif, qui sollicite le débat.

  • Ce livre s'adresse à ceux qui refusent aussi bien l'horreur économique que le politiquement correct. Et qui ne s'accommodent pas de la langueur de la vie démocratique : élites décriées, militants désenchantés, représentation par les élus contestée, citoyens déresponsabilisés. À l'ère technologique, face au tout marché, la politique du XXIe siècle reste à inventer, de la base au sommet. C'est la conviction qu'entend faire partager ici Michel Charzat, maire du XXe arrondissement de Paris, sénateur socialiste de la capitale, acteur influent, mais discret, de la vie politique depuis plus de vingt-cinq ans. Exemples concrets à l'appui, il montre pourquoi, et comment, la démocratie locale, école et creuset de l'autonomie des citoyens, est le moyen nécessaire, sinon suffisant, de stimuler un nouvel appétit de participation politique. Dans ce livre d'entretiens avec Claude Neuschwander - lui-même un passionné de démocratie économique et sociale -, Michel Charzat explore, de façon très vivante, les voies possibles de ce renouveau. Et il explique ce qu'il faudra mettre en oeuvre pour que Paris - berceau de la démocratie moderne - redevienne un modèle pour le monde.

  • « Pute ! », « Salope ! » En France, pays de la galanterie, c'est avec ces mots que, dans la rue comme à l'Assemblée nationale, des hommes s'adressent encore publiquement à des femmes, célèbres ou non. Le 8 mars 1999, Florence Montreynaud, écrivaine, féministe et intellectuelle parisienne de plus de cinquante ans, en a eu assez des insultes sexistes subies par les femmes en France. Elle s'est dit : « Ça suffit ! » et montrant les crocs, a lancé avec des ami-es le Manifeste des Chiennes de garde qui a rapidement recueilli des centaines de signatures. L'outil privilégié des Chiennes de garde : le communiqué de presse envoyé aux médias, pour soutenir une femme insultée en public. Afin de faire le ménage dans les propos orduriers. Afin qu'on entende la souffrance des femmes. Afin que la honte ne soit plus portée par elles, mais qu'elle retombe sur les machos eux-mêmes. Afin d'élever le débat public, où les insultes sexistes passent encore trop souvent pour une forme d'humour. Dès les premières actions, les critiques ont fusé de toutes parts : « Quand même, vous auriez pu trouver un autre nom ! », « Vous êtes des Parisiennes intellos », « Vous ne vous intéressez qu'aux gens célèbres », etc. Florence Montreynaud a soigneusement consigné les objections adressées aux actions provocatrices des Chiennes de garde. Aujourd'hui, dans ce livre drôle et incisif, elle répond systématiquement à ces détracteurs. Ce qui lui fournit l'occasion de dresser un réquisitoire contre le machisme ordinaire de la société française. Oui, affirme Florence Montreynaud, les mots peuvent faire mal. Oui, les insultes blessent Oui, il faut d'autres mots pour tisser de nouveaux liens, empreints de respect entre hommes et femmes. Dire NON aux insultes sexistes, c'est dire OUI à la dignité des femmes... et des hommes.

  • Ce livre couvre la période ouverte par les changements politiques intervenus en 1958, jusqu'à l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, en mai 1981. Il rend compte de la façon dont, en France, les transformations institutionnelles, les stratégies des groupes sociaux, les intérêts, les valeurs, la conception du devenir de la société, ont renforcé ou remodelé les structures économiques et sociales, conforté ou infléchi les évolutions alors en cours. L'intérêt de l'ouvrage est de relier constamment deux niveaux d'analyse : celui d'une société capitaliste marquée par son origine rurale, qui en conserve encore les structures sociales et les valeurs, et celui du développement capitaliste à son stade fordiste. Il invite à une théorie interne du mouvement de la société et du capitalisme, inséparable de l'action et de la stratégie des classes sociales. Il renouvelle enfin l'interprétation du thème du modernisme, dont la fortune est inséparable du conservatisme social des gouvernements de cette période. Ce premier tome, Le temps des modernistes, est consacré à la période gaulliste et à l'industrialisation pompidolienne. Il explique pourquoi, à l'heure où le mendésisme triomphe au plan économique, il échoue dans son ambition sociale et politique. Le second tome traitera de la politique sociale de G. Pompidou et de la présidence giscardienne. Il montrera l'échec des libéraux à transformer les intitutions économiques et sociales, et à affronter la crise du capitalisme. Un livre essentiel pour mesurer l'héritage de vingt-trois ans, qui ont vu l'hégémonie progressive de la bourgeoisie financière, et comprendre les difficultés auxquelles la gauche se heurte aujourd'hui.

  • Certains récits, qu'on lira dans cet ouvrage, évoquent des situations vécues par des Juifs en diaspora. L'auteur les a recueillis en terre d'Israël, dans des villes de développement, peuplées de Juifs orientaux, les Séfarades. Ce sont leurs rêves, leurs problèmes, leurs colères et leurs joies qui émaillent un carnet de recherche, où la tendresse fait peu à peu place aux interrogations. Car si l'édification de l'État, la fertilisation du désert, les kibboutzim, les prouesses techniques et militaires peuvent être mis au compte d'un mouvement avide de justice, comment comprendre les discriminations subies par ces Juifs d'Orient, le drame palestinien et ses répercussions sur la région, le trouble qui gagne les diasporas ? Comme des ratés de l'histoire ? Les produits de la menace arabe ? Les effets pervers d'un dessein imparfaitement maîtrisé ? C'est à ces questions que tente de répondre Haroun Jamous, qui s'interroge, à partir de son enquête, sur la dynamique du volontarisme sioniste. Mouvement où la volonté de créer un Juif nouveau, suroccidentalisé, s'avère indissociable du rejet des traits rappelant l'orientalité du Juif. Dynamique qui se paie par la reproduction de principes discriminatoires initialement voués à disparaître, voire par l'apparition de formes feutrées de totalitarisme culturel. Ni pamphlet ni analyse froide et distanciée, ce livre est une contribution majeure à la compréhension des contradictions qui traversent aujourd'hui la société israélienne, et dont certaines ont éclaté au grand jour en 1982, à l'occasion de la guerre du Liban.

  • L'Amérique centrale est-elle la cinquième frontière de l'Europe, comme l'ont qualifiée des intellectuels français dans un appel au Congrès américain pour qu'il reconduise l'aide aux contras antisandinistes ? Cette région n'est-elle qu'un nouveau champ clos de l'affrontement planétaire entre les deux superpuissances ? Pour répondre à ces questions - et à bien d'autres - les auteurs de ce livre ont, délibérément, renoncé aux oeillères européocentristes, qui limitent trop souvent la perspective des observateurs de cette nouvelle zone de tension. S'appuyant sur de nombreux reportages réalisés sur le terrain, des entretiens avec des responsables de tous bords, et de nombreux documents officiels ou confidentiels, ils nous donnent à connaître, objectivement, les points de vue des différents protagonistes. Les principaux se trouvent d'abord sur place : gouvernements confrontés à de profondes crises, possédants accrochés à leurs privilèges, guérilleros rêvant de révolutions, et tous les autres aspirant à la paix. C'est cette fournaise que les États-Unis tentent d'éteindre, avec de puissants moyens politiques, économiques et militaires. Mais Washington doit aussi compter avec les autres acteurs du drame centroaméricain : l'Union soviétique, Cuba, les puissances régionales, l'Europe et l'Église. Écrit pour un large public, sérieusement documenté, ce livre apporte des analyses originales, et une synthèse complète sur l'un des dossiers les plus brûlants de la scène géopolitique mondiale.

  • Pour avoir, en juin 1986, critiqué un peu trop vertement la politique sécuritaire du tandem Pasqua-Pandraud, Bernard Langlois, producteur et animateur de l'émission Résistances sur Antenne 2, a été brutalement mis à l'écart par la direction de la chaîne. Une sanction de plus, pour un journaliste qui s'obstine à appeler un chat un chat et à cultiver le devoir d'irrespect : on se souvient que ses commentaires sur la mort de Grace de Monaco, lui avaient déjà valu des ennuis... Renonçant, au moins pour le moment, aux étranges lucarnes, Langlois a choisi de raconter dans ce livre son expérience d'homme de télévision, à travers l'histoire de ces trois ans et demi de magazine des Droits de l'homme : cette émission Résistances, qui n'avait d'équivalent nulle part, et dont la qualité des reportages et la grande liberté de ton, avaient conquis un très large public de fidèles. Son récit nous fait revivre trente-quatre numéros de Résistances, nous entraînant dans les coulisses de la télévision, mais aussi sur les grands chemins de reportages toujours difficiles, souvent clandestins. Avec toute la passion qu'il mettait à animer son émission mensuelle, avec une subjectivité qu'il revendique, il nous éclaire sur ses choix, sur les raisons de ses partis pris, sur sa volonté d'un parler vrai qui ne s'embarrasse pas de la nécessité de plaire à tout le monde, et ne craint pas de déplaire à beaucoup. Il réfléchit aussi aux enjeux qui se cachent derrière cette notion unanimiste de Droits de l'homme, à ce fameux débat sur le tiers monde qui masque bien des ambiguïtés et une vraie lutte idéologique, où l'affrontement Est-Ouest occulte, de plus en plus, la nécessaire prise en compte du rapport Nord-Sud. Un livre tonique, qui sonne profondément vrai, qui permettra à tous ceux qui aimaient Résistances, d'en retrouver les grands moments et la couleur authentique. Et, au-delà de l'anecdote, une vraie rélexion d'homme libre sur l'injustice et les déchirements d'un monde qui court à sa perte, si l'on ne se résoud pas à le changer.,.

  • Officiellement la localité s'appelle Traiskirchen. Les passagers en transit disent Transitville, ou bien la salle d'attente, chacun dans sa langue nationale. Certains l'affublent de noms fantaisistes, dans le genre on s'tire en ville, je m'taille-bourg, filles de l'air City, adieu ma mère... Plus de mille arrivages par mois : il s'agit bien d'une ville de transit, au coeur de l'Europe, à deux pas de Vienne ; une gare de triage, hantée par des voyageurs sans bagages, presque tous arrivés en secret. L'auteur y arrive un jour, seul, son magnétophone en bandoulière. L'auteur : Tibor Tardos, hongrois, exilé, de cet exil qui ne se termine jamais : parti de Budapest après 1956, il a été l'un des plus brillants représentants du Cercle Petfi qui a animé un instant la révolution des Conseils ouvriers, avant l'écrasement par les chars russes. Depuis vingt-cinq ans, il regarde vers l'Est : Budapest est à une heure d'avion de Paris. C'est un dur métier que l'exil... Il va à leur rencontre : eux, ses semblables, qui affluent aux frontières de l'Est, qui sont-ils ? Ici pas de dissidents connus, militants aux trajectoires exemplaires. Des multitudes de cas personnels, dont seuls le quotidien, l'humilité, la banalité même, font parfois la grandeur... Bien mieux qu'une analyse politique en bonne et due forme, ce livre répond avec humour et émotion aux questions de tous ceux qui, sans s'arrêter aux propagandes des deux bords, s'interrogent devant cet afflux ininterrompu : pourquoi ces départs, pourquoi l'exil ?

  • Avec la crise, les vieux démons du racisme resurgissent, de façon plus ou moins déguisée, souvent sous des formes et des justifications nouvelles : les restructurations industrielles et le problème de l'emploi, l'incapacité politique à gérer le grand nombre d'étrangers qu'on a fait venir en période d'expansion économique, les discours sur le thème de l'insécurité... S'il est essentiel de combattre les fausses idées reçues qui fondent le racisme, il ne faut pas oublier que la lutte antiraciste doit aussi se mener sur un terrain plus concret, celui de la défense des victimes du racisme au quotidien : insultes racistes, impossibilité de trouver un logement parce que le quota d'étrangers est atteint, d'entrer dans un café parce qu'on n'a pas le faciès adéquat, de trouver un emploi parce que la crise... C'est pour aider à cette lutte que le MRAP a réalisé ce livre. On y apprendra comment, après un combat de plusieurs années, a été votée la loi du 1er juillet 1972 qui punit toutes les discriminations raciales. Surtout, ce livre dresse un bilan de l'application de cette loi au cours des dix dernières années, à travers de nombreux exemples concrets. Le MRAP propose également ici un guide pratique extrêmement clair, et bien utile pour savoir comment les associations antiracistes, et les particuliers, peuvent se servir de la loi de 1972, et ne pas rester impuissants face aux multiples manifestations de racisme, ouvert ou déguisé.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Un système social peut très bien tenir debout en tournant le dos aux aspirations des individus. Les jeunes, de plus en plus mal dans leur peau, en apportent à leur insu la confirmation éclatante. Car on est loin, six ans après, des promesses de libération que les événements de mai avaient fait naître. Certes on se bat encore çà et là, mais sans grande illusion et, dans sa masse, la jeunesse, faute de perspectives, semble se résigner. Qui porte la responsabilité de cet enlisement ? Il est facile de faire le procès d'un pouvoir répressif, d'un P.C. démobilisateur et d'un ultra-gauchisme débile. On oublie trop l'incroyable complicité dont la jeunesse a été et demeure la victime. Car qui, dans les partis ou dans les groupes, a cherché à comprendre les jeunes au lieu de les flatter et à les aider au lieu de s'en servir ? Hissée sur un piédestal, la jeunesse, dès lors, ne pouvait qu'échouer et décevoir. Rompant avec cette pratique, l'auteur s'adresse aux jeunes, mais aussi aux adultes, parents ou enseignants, avec une franchise souvent brutale. Il montre comment, dans cette société, le culte de l'argent accapare les êtres, appauvrit les personnalités, compromet toute éducation et fait, en définitive, des enfants des mal-aimés aussi peu aptes à s'insérer dans le système qu'à le contester. Cet essai appelle donc jeunes et adultes à une prise de conscience, suivie d'un changement de comportement et de mode de vie. C'est seulement à cette condition, que la révolution sera voulue et préparée, et non vécue comme un fantasme ou un alibi. Grande victime, avec la femme, de la société bourgeoise moderne, le jeune, tout comme la femme, ne pourra se libérer que par une remise en cause radicale et douloureuse de sa propre éducation.

  • Voici un livre résolument tourné vers l'avenir. « L'histoire du socialisme commence... » constate Jean Baby : nous vivons une profonde et totale transformation ; deux systèmes économiques inconciliables s'affrontent. Le socialisme met en cause de façon fondamentale et globale le système capitaliste ; depuis la Révolution de 1917 il gagne chaque jour du terrain, si compliquées et difficiles à analyser que soient les crises que nous vivons. Mais que peut-on prévoir de ce monde, socialiste vers lequel nous avançons, quand la société aura été radicalement et définitivement transformée ? C'est à cette question : que sera le socialisme lorsqu'il deviendra une réalité quotidiennement vécue, que répond Jean Baby à la lumière des enseignements marxistes ; il reprend, dans cette perspective, les points les plus cruciaux de la société actuelle : l'avenir de l'Etat, de la morale, l'évolution et la disparition de la famille, l'épanouissement des jeunes au sein d'une société sans tensions, l'égalité réelle des femmes, la disparition des conflits sexuels, l'évolution de la monnaie, la rationalisation du logement... Jean Baby envisage ainsi l'évolution d'une société qui aura définitivement banni l'oppression et la violence, car il fait sien le mot de Lénine : «  Dans notre idéal il n'y a pas de place pour la violence sur les hommes. »

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Le parti a changé, change et changera encore : Georges Marchais ne cesse de le répéter. C'est une évidence et c'est un mot d'ordre. Il change en rompant avec le stalinisme. Oui, mais comment, dans quelle direction et avec l'appui de quelles forces ? Peut-on réduit ce phénomène à un groupe Marchais, à une tactique électorale, à l'eurocommunisme ? Gérard Molina et Yves Vargas tentent d'analyser les changement du parti communiste, en se plaçant du point de vue du militant pour analyser les contradictions internes du parti, qui sont un moteur de son changement. Car si, comme le montre Louis Althusser à propos du XXIIe Congrès, rien ne va sans contradictions, il faut bien spécifier celles qui sont propres au parti communiste, ce parti qui n'est jamais tout à fait comme le autres. Comment concilier le vedettariat épanoui de Georges Marchais à la télévision, avec l'invasion des studios de TF1 par des militants communistes, le légalisme du parti avec la mobilisation contre les saisies légales, le libéralisme interne avec le parachutage des décisions, etc. ? N'est-ce pas le combat qu'il mène contre la bourgeoisie qui retentit dans le parti lui-même sous des modalité inédites, inattendues, contradictoires ? Les auteurs entendent ici intervenir dans le grand dialogue qui se mène à l'intérieur du parti communiste sous des formes diverses, internes et publiques, et auquel prennent part dirigeants et militants de base. Car le parti change, et ce livre est un élément politique et théorique de ce changement lui-même, pour en témoigner, pour l'aider à se poursuivre dans le bon sens.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • À interroger la mémoire militante du monde occidental, on peut se demander : une révolution a-t-elle jamais existé en Éthiopie ? Des journalistes, des militants de la gauche civile éthiopienne l'ont nié dès qu'une partie de l'armée s'est emparée des leviers du pouvoir officiel. Comment des militaires, ultime rempart, depuis des décennies, d'une théocratie absolument anachronique, pierre d'angle d'un système d'exploitation d'une rapacité quasi médiévale, auraient-ils pu se muer en avant-garde d'une révolution socialiste ? Premier péché originel. Première incompréhension qui n'ira qu'en s'approfondissant. Avec, d'abord, l'aggravation du conflit en Erythrée, où l'affrontement entre la plus ancienne lutte armée de libération nationale en Afrique - consacrée par la Tricontinentale - et le nouveau régime d'Addis-Abeba, atteindra une intensité sans précédent. Avec la terreur rouge, répression dantesque, qui engloutit une génération de jeunes intellectuels, les premiers à avoir cultivé, dans l'Éthiopie du Négus, les germes d'une pensée et d'une action révolutionnaires. Avec, enfin, l'intervention soviéto-cubaine, dirigée non plus contre l'Afrique du Sud raciste, mais surtout contre la Somalie, le seul pays de la Corne de l'Afrique à se réclamer du socialisme... Mais, au fond, cette incompréhension naît de la volonté d'appréhender la révolution éthiopienne par rapport à ses incantations marxistes-léninistes et aux précédentes révolutions du tiers monde. Or, l'Éthiopie est, depuis des siècles, un monde retranché du reste du monde, et sa révolution ne doit donc rien à quelque impérialisme trop arrogant ou à une décolonisation trop tardive. Elle éclate principalement du fait des conflits internes à la société et au peuple éthiopiens, des conflits entre les sociétés et les peuples d'Éthiopie. La compréhension et l'explication de cette introversion fondamentale, sont essentielles pour essayer d'analyser et de situer les immenses bouleversements qui ont transformé ce pays de 1971 à 1978. [...].

empty