Anamosa

  • Pour sa 8 e livraison, la revue Sensibilités interroge les relations que nos sociétés contemporaines entretiennent avec la mort, alors que l'année 2020 a vu cette dernière nous surprendre, faire irruption dans nos quotidiens, avec ses chiffres égrenés, avec, aussi, le terrorisme.
    Beaucoup a été dit sur la mise à distance de la mort dans les sociétés occidentales du second XXe siècle, après qu'elles ont sombré à corps perdu dans la violence extrême des guerres et des crimes de masse. En proie à une sécularisation toujours plus profonde, doublée d'une forte tendance à la médicalisation, elles auraient cherché à esquiver le cru de la mort - remisé dans l'univers aseptisé de l'hôpital, délégué à une chaîne de professionnels. À ce cadre de pensée, qui postule jusqu'au déni de la mort, un renouvellement des travaux sur le deuil s'intéresse toutefois aux possibilités de liaison entre des réalités données pour séparées. S'il est indéniable, par exemple, que certains rituels funéraires font l'objet d'un long désinvestissement, d'autres s'élaborent avec l'époque. Peau tatouée, vêtement de deuil, minute de silence, traversée attentive d'un cimetière de quartier ou quête des traces disparues : voici quelques-unes des explorations d'un lien aux morts qui s'agite de façon parfois subreptice, inattendue, et traverse aussi la chair des vivants. S'emparer de la puissance de transformation des disparus, cheminer dans l'après-vivre des morts, tels sont les enjeux de cette 8e livraison de Sensibilités.

  • En prenant à bras-le-corps l'expérience sensible du politique, ce numéro souhaite interroger la question de la légitimité politique : la dimension affective, et même charnelle, du champ politique et la légitimité de chacun à occuper ce champ, l'expérience sensible pouvant contribuer à une requalification politique de ce qui était jusque-là conçu comme échappant au politique.
    Peur, haine, indignation, passion, enthousiasme, confiance : loin d'être extérieurs au domaine du politique, les affects y prennent pleinement leur part - mais laquelle et comment ?
    En prenant à bras-le-corps l'expérience sensible du politique, ce numéro fait singulièrement écho à l'actualité la plus récente, française et mondiale. Des places et des ronds-points aux marches collectives puis au confinement, c'est tout notre présent qui invite à repenser les intensités du politique, comme les logiques émotionnelles et les affects communs qui le structurent. Ce volume s'efforce par conséquent d'appréhender la fabrique du politique à l'endroit même, parfois le plus quotidien, où les rapports de pouvoir s'élaborent, s'exaspèrent ou offrent prise aussi à la contestation radicale. Et s'il met en exergue les élans du présent, les soulèvements, clivages et slogans de notre époque, il vise également à les réinscrire dans leurs ancrages historiques, à arrimer les luttes sociales et les solidarités de groupe à la longue chaîne des générations. Ainsi révèle-t-il les infinies vibrations et incandescences qui font toute la chair du politique.
    Avec : Ludivine Bantigny, Déborah Cohen, Stéphanie Dechézelles, Serge D'Ignazio, Emmanuel Fureix, Boris Gobille, Alban Jacquemart, Antoine Lilti, Piroska Nagy, Julie Pagis, Nathalie Quintane, Federico Tarragoni et Sophie Wahnich.

  • Corps au paroxysme : le numéro 3 de Sensibilités. Histoire, critique & sciences sociales, la revue de sciences humaines qui a pour coeur l'exploration des champs du sensible. Pour son troisième numéro, la revue
    Sensibilités explore la part obscure, souterraine, sinon maudite, de la vie sociale. Elle se met en quête des situations extrêmes et des expériences-limites qui dessinent les bords de l'humaine condition. À travers les visages de l'ivresse, de l'extase, de l'obscène, de la fureur ou encore de l'effroi-panique, dans les douleurs de l'accouchement ou les spasmes de l'agonie, dans les cruautés du massacre, dans les vertiges de la transe ou de la liesse, dans les secrètes voluptés de la luxure comme dans les puissances transgressives du délire,
    Sensibilités s'en va traquer les corps au paroxysme...
    Rien de commun ici, voudrait-on croire. Sinon peut-être ceci : désigner chaque fois la séquence la plus aiguë d'une affection. Et, par là, le comble du vivre. Soit ce point au-delà duquel quelque chose paraît s'arrêter. Soit ce qui dans l'expérience vécue peine toujours à se dire. C'est peut-être d'abord à cela que se reconnaît le paroxysme : sa sous-verbalisation. Car, d'emblée, celui-ci nous projette sur les cimes inquiétantes du langage, aux bornes mêmes de la représentation. De là, pour le chercheur, les souveraines vertus d'une pareille enquête : celles d'ébranler jusqu'aux dernières certitudes, d'inquiéter tout le savoir.

  • Ce volume se positionne au coeur d'un débat : la compréhension des émotions relève-t-elle des seules sciences cognitives ? Si les neurosciences semblent avoir conquis l'espace public, il s'agit d'affirmer l'importance d'une approche historique, sociale et culturelle du ressenti, de critiquer certains usages sociaux des neurosciences et d'ouvrir les possibilités d'un dialogue.
    Quiconque s'intéresse à la vie des émotions se heurte à un mur d'apparence infranchissable : celui qui sépare les recherches des neurosciences affectives de celles des sciences sociales. À voir cependant fleurir les rayons " neurosciences " dans nos librairies, le caractère " rassurant " des sciences du cerveau semble avoir déjà conquis l'espace public : elles font des émotions une réponse naturelle et universelle fixée par l'organisme. Mais cette centralité médiatique masque parfois d'inquiétants usages qui s'insinuent jusqu'au creux de nos existences quotidiennes. C'est pourquoi ce numéro invite à une critique sociale et politique véritable comme à la réaffirmation d'une approche historique et culturelle des émotions. Cessons de croire, qui plus est, que leur savoir, aux résultats soi-disant imparables, serait plus solide que les connaissances des sciences humaines et sociales.
    Mais qu'on s'entende bien toutefois : l'intéressant n'est pas de produire un énième discours de délégitimation mais d'ouvrir un espace de discussion véritable. Si les neurosciences, en excluant l'historicité des émotions comme du langage qui les expriment, mutilent la complexité de cet objet, il y aurait un risque évident à évacuer de l'analyse le substrat biologique et neuronal de l'émotion. D'autant qu'un espace de convergences s'esquisse aujourd'hui : il faudrait non seulement ne plus dissocier le psychologique du sociologique, mais montrer comment s'imbriquent chez l'individu le processus biologique de maturation et celui, social, de l'apprentissage.
    Qui sait ? Par-delà incompréhensions et désaccords, le temps est peut-être venu de réfléchir à nouveaux frais, loin des logiques marchandes, des pédagogies univoques ou des manipulations politiques, aux infinies possibilités d'enrichissement de notre vie sensible et affective.

  • Pour sa quatrième livraison, après avoir exploré le charisme ( Anatomie du charisme), l'habiter ( Les Sens de la maison) et les corps ( Corps au paroxysme), la revue Sensibilités. Histoire, critique & sciences sociales s'empare de nos rêves.
    La société s'arrêterait-elle aux portes du sommeil ? Là même où, du fond de soi, jaillissent toutes nos fantaisies nocturnes, aussi continûment déroutantes qu'extraordinairement intimes. De nos jours, l'opinion commune est que toute cette cohue d'images qui constitue l'étoffe des rêves est certes énigmatique, mais cohérente et hautement signifiante. On la dit surgie des abysses mêmes de nos inconscients personnels. Soit du plus secret, du plus foncier, du plus ignoré de notre être. Au point qu'on en vienne à oublier combien toute notre histoire collective, elle aussi, s'y abrite, comment la société elle-même s'invite secrètement jusque dans les plus obscures profondeurs de nous-mêmes. Saisir la façon dont le social et l'histoire travaillent souterrainement le statut, la matière et les significations du rêve, voilà qui peut ainsi dérouter bien des habitudes de pensée.
    À l'heure où la désaffection de la psychanalyse pour les rêves se fait des plus sensibles, au moment même où les neurosciences se préoccupent surtout d'une demande sociale visant les troubles du sommeil, le moment semble plus que jamais propice à l'épanouissement d'une véritable science sociale des rêves.

  • Pour son premier numéro, Sensibilités a choisi de prendre pour objet l'" enchantement affectif " au centre de la relation charismatique. En questionnant les limites explicatives de la notion, elle propose d'analyser la construction, sociale, politique, historique, des propriétés et des conditions de l'admiration, de la reconnaissance ou de l'attente qui fondent et font vivre le charisme. Non pas ce qu'est le charisme, mais plutôt quand y a-t-il charisme et qu'est-ce qui agit sous son nom ?
    Le charisme figure parmi les catégories d'analyse traditionnelles des sciences sociales. De Weber à Geertz ou Kershaw, du charisme personnel au charisme d'institution, il entre de longue date dans l'explication des formes d'organisation des sociétés humaines et dans l'élucidation des rapports de pouvoir, profanes ou religieux, qui les structurent. Des déférences de rang au leadership du chef, les travaux sont nombreux qui étudient les signes, les rites et le mécanisme des croyances qui, au sein de groupes et de périodes précises, en fondent et en perpétuent l'autorité collective.
    Pour son premier numéro, la revue
    Sensibilités a choisi de prendre pour objet cet " enchantement affectif ", jugé si flottant, qui se tient néanmoins au centre de la relation charismatique. En questionnant les limites explicatives de la notion, elle propose ainsi d'analyser la construction, sociale, politique, historique, des propriétés et des conditions de l'admiration, de la reconnaissance ou plus simplement de l'attente qui fondent et font vivre le charisme.
    Non pas ce qu'est le charisme, autrement dit - mais plutôt quand y a-t-il charisme et qu'est-ce qui agit sous son nom ?

  • À l'heure de sa seconde livraison, la revue Sensibilités a souhaité réinvestir ce lieu connu, trop connu, qu'on appelle d'ordinaire " la maison ". Sans doute parce qu'il est de son ambition de savoir nous rendre à nouveau étranger jusqu'au plus familier. Quoi de plus naturalisé en effet que cet espace perceptif quotidien, pétri d'affects, de traditions et d'arbitraires, qu'est justement le " chez soi " ?
    À l'heure de sa seconde livraison, la revue
    Sensibilités a souhaité réinvestir ce lieu connu, trop connu, qu'on appelle d'ordinaire " la maison ". Sans doute parce qu'il est de son ambition de savoir nous rendre à nouveau étranger jusqu'au plus familier. Quoi de plus naturalisé en effet que cet espace perceptif quotidien, pétri d'affects, de traditions et d'arbitraires, qu'est justement le " chez soi " ?
    Bien sûr, les recherches qui l'ont questionné sous l'angle de la propriété, de ses règles d'héritage comme de ses transgressions ne manquent pas. Nombreuses également celles qui portent sur la variété des formes et des matières, sur la signification sociale du mobilier ou sur la disposition des pièces. Très riches encore, les travaux portant sur l'intimité familiale, sur la privatisation plus ou moins marquée des espaces et les rapports genrés relatifs à l'entretien du foyer. Multiples enfin, ceux qui questionnent les politiques publiques du bâtiment et du logement. Mais voilà : manque encore à ce jour une véritable science sociale de l'espace domestique.
    Non pas tant qu'il faille espérer dans une théorie unifiante à même de subsumer ces quêtes apparemment disparates et séparées. Mais l'enjeu tient justement dans notre capacité à décrire et à penser ensemble et la transformation et la persistance des constructions symboliques et des luttes de perception qui modèlent le monde tout à la fois matériel et immatériel de la maison. Dire comme ici de la maison qu'elle est, jusqu'en ses moindres recoins, de l'histoire faite chose, c'est s'efforcer de comprendre à la fois la voie par laquelle cet espace de vie s'est autonomisé en s'arrachant lentement aux emprises publiques, mais aussi la manière dont les modes de perception dominants en organisent la lecture et l'évidence même, enfin, la façon dont les logiques sociales travaillent les usages de l'espace domestique jusqu'aux plus ordinaires et aux plus intimes.

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