Frédéric Teillard

  • « Ma relecture est terminée. Mon manuscrit a pris des couleurs : du rouge, du noir, du bleu, dont je me suis servi pour corriger. Il est devenu précieux, j'ai peur de le perdre dans le train du retour, ou je ne sais quoi. Je suis passé par des moments d'enthousiasme, de doute, de découragement quant à la valeur de ces pages, mais j'ai traversé aussi de longs temps neutres, de pur travail, de recherche obstinée d'un rythme, d'une couleur, d'une phrase juste, et plongé dans d'autres temps, profonds, douloureux, immobiles, où j'étais seulement face à moi-même. Je décide de laisser ces pages en l'état. Au terme des douze jours de travail consacrés à ce manuscrit, je choisis de le proposer tel quel à la publication, sous mon nom, et en y maquillant seulement les prénoms et les noms de celles ou ceux qui peuvent souhaiter n'être pas reconnus.
    Je ne sais pas raconte ma vie. Ou plutôt il tente, par le récit de ma vie, de répondre à la question : Comment parler de soi avec justesse ?
    Je ne sais pas est un récit, presque un roman. Ceux qui s'y rencontrent sont bien des personnages, des êtres imaginés, imaginaires : François T. n'est pas mon père réel, c'est mon père tel que je l'ai vécu et, aujourd'hui, le raconte et l'invente. Et si, au moment où j'ai écrit, il n'était pas mon père réel, il le sera moins encore à l'instant où mes lecteurs le découvriront et le réinventeront à leur tour, lui donnant peut-être le visage, la silhouette ou la voix de leur propre père. »Frédéric Teillard

  • "Ce ne sera pas là-haut commence par n'être pas un livre. C'est un livre qui se fait. Il n'y a que cela qui m'intéresse. Ce qui est fait m'ennuie. Dans un livre qui se fait, il y en a toujours d'autres, qui se font aussi, ou se défont, ou auraient pu se faire, ou le refusent, pourrissent, avortent, ou fleurissent. De même, dans un écrivain, il y en a plusieurs, des vivants, des morts, des aimés, des haïs, des célèbres et des inconnus, certains qui croient qu'on peut polir une brique jusqu'à la rendre lisse comme un galet, d'autres qui pensent que pour faire un livre, il faut une matière brûlante et lui taper dessus pour lui donner sa forme, et son tranchant, comme pour un sabre, des écrivains réels, des inexistants, des empêchés, des imaginaires, à moins qu'ils ne soient tous imaginaires. Tout cela se joue sur un théâtre, entre un pot de confiture, un moine bouddhiste, la douche déglinguée d'un hôtel de passe, des pigeons, des couteaux, deux poissons-chats dans un seau rouge, un bric-à-brac sans importance réelle, mais ne met en scène, finalement, que les mots et le temps qu'il faut pour qu'un livre se fasse et, en même temps que lui, un écrivain" Frédéric Teillard

  • La publication des correspondances est souvent posthume. Nous sommes en vie. Nous parlons, nous écrivons, nous nous parlons, nous nous écrivons. D'où viennent, dans nos histoires individuelles, le désir, la peur, la nécessité, l'interdit d'écrire ? L'obsession de la trace ? Qu'est-ce qui nous fait défier le vide, l'informulé, la mort ? Les trente lettres de ce recueil couvrent un an et demi de nos vies, elles sont la quête à deux, dans l'échange épistolaire, et chacun pour soi, dans la solitude de l'écriture, nous devons ce que nous sommes, mais aussi notre rencontre, et notre amitié.

  • Quel est le point commun entre un Turc, une Malienne, une Kabyle, une Coréenne, une Serbe et une Bretonne ? A Jean-Jaurès, collège de la banlieue parisienne, c'est le français. Pas celui de l'Académie, mais une langue vivante, inventive, en constante ébullition, une langue faite pour « tailler » : pour faire mal et pour faire rire.
    Boris Seguin et Frédéric Teillard, tous deux professeurs de français, ont élaboré avec leurs élèves un dictionnaire de plus de quatre cents mots avec des exemples qui sont autant de gros plans sur la vie quotidienne des adolescents. On y découvre une langue que les enfants des cités, Slimane l'Engraineur, Fatima la Fugueuse, ou Magid la Stoke tentent de conquérir : un français qu'ils tournent et retournent, tordent et vivifient.
    Ce livre est aussi une chronique à la première personne. Mieux qu'une journée portes ouvertes, il raconte l'école au jour le jour, de la pré-rentrée aux conseils de fin d'année, en passant par les plateaux de télévision. Il dit avec force et humour que la banlieue est le laboratoire passionnant où se construit la société de demain, que l'école est un lieu où l'ignorance est légitime, que ce soit celle de la géographie ou celle des bonnes manières et que la langue est au coeur du processus d'exclusion.
    Les adolescents des cités ont un message à transmettre.
    Les Céfrans parlent aux Français le décodent pour tous.

empty